Un coup de coeur de Adeline V.
Sous la forme d'un journal, elle consigne ses observations et sensations à chacun de ses déplacements au centre commercial des Trois-Fontaines de Cergy.
Une plongée saisissante dans l'univers de l'hypermarché, un espace "exposant, comme nulle part autant, notre façon de vivre et notre compte en banque", révélant les inégalités économiques et sociales qui fracturent notre société.
Temple de la consommation, "l'hypermarché est bel et bien traversé par l'Histoire" comme le souligne Annie Ernaux, "il en offre le tableau évolutif. De l'économie, cela va de soi. Tee-shirts à 10 euros fabriqués par les ouvrières d'Asie pour quelques centimes, viande de porc payée au prix le plus bas à des éleveurs encouragés à produire de façon intensive, réduction d'un personnel souvent engagé à temps partiel, tout manifeste la montée de l'emprise du capitalisme néo-libéral, dont l'hyper est la forme enchanteresse".
Un lieu auquel elle reste malgré tout attachée, où subsiste encore une certaine mixité sociale : "Il n'y a pas d'espace, public ou privé, où évoluent et se côtoient autant d'individus différents", "un espace où sont rassemblés le plus de mes semblables différents, où le vivre ensemble, cette incantation creuse, possède une réalité corporelle, visible", "un espace de liberté et d'égalité d'accès, ouvert à tous et toutes sans distinction de revenu, de tenue vestimentaire, d'identité."
Un regard d'une grande justesse, entre analyse sociologique et poésie de la vie ordinaire.