Un coup de coeur de Adeline V.
A travers une étude approfondie et rigoureuse, étayée par une solide documentation, l'historienne Fanny Gallot et l'économiste et sociologue Hugo Harari-Kermadec mettent en lumière le travail reproductif, c'est-à-dire l'ensemble des tâches de soin, d'éducation, et de ménage. Un travail effectué gratuitement au sein du foyer, ou faiblement rémunéré dans le milieu professionnel, accompli la plupart du temps par des femmes ou des personnes précaires. Un travail non reconnu, "dissimulé derrière les affects". Un travail qui rend possible celui des autres.
Comment définir le travail reproductif ? Pourquoi les femmes en assurent-elles la majorité et en quoi cela résulte-il de choix politiques ? Dans quelle mesure occupe-t-il une place centrale dans l'histoire des mobilisations ? Que représente-il en termes de richesse ? Comment le quantifier ? Pourquoi sa valeur est-elle exclue du calcul du PIB ? Lorsqu'il est réalisé dans la sphère privée, ne faudrait-il pas envisager de le rémunérer ? Ou l'institutionnaliser en multipliant les services publics ?
En explorant l'histoire sociale et économique, depuis les théories des féministes marxistes des années 1970 jusqu'aux luttes intersectionnelles et décoloniales actuelles, Fanny Gallot et Hugo Harari-Kermadec démontrent que ce travail dévalorisé structure en réalité tout le système capitaliste, il en est la colonne vertébrale. Un pilier invisible, qui, si on le repensait, pourrait constituer "une clé stratégique pour imaginer des formes d'organisation sociale fondées sur l'entretien de la vie plutôt que sur sa marchandisation."