Un coup de coeur de Hugo T.
La bataille des chênes verts, c’est l’histoire d’un procès hors du commun, celui de Francisco de Montoya, accusé d’avoir raser une forêt au milieu du XVIIe siècle. Cet inquisiteur espagnol assis sur un héritage foncier et un pouvoir local grandissant se voit confronté aux habitants de Villar del Águila, petit village sans histoire à une centaine de kilomètres au sud-est de Madrid. Assujettissant et opprimant les habitants « pendant plus de vingt ans » selon les mots de l’avocat des victimes, Francisco de Montoya a organisé la coupe à ras de 60 000 chênes verts (estimation de l’enquête) pour ses propres intérêts économiques avec des conséquences importantes.
« La confiscation et la surexploitation des chênaies – et l’assèchement et l’érosion des sols qui en découlaient – affectaient l’ensemble d’un système productif agricole marqué par des liens d’interdépendance entre la céréaliculture, l’élevage et l’exploitation forestière » souligne ainsi Sébastien Malaprade. La population de Villar del Águila décline alors avec la perte de cette forêt témoignant de l’importance vitale d’un tel écosystème. Le procès qui débute en 1670 nous renseigne sur les relations de pouvoirs dans l’Espagne du XVIIe siècle mais aussi et surtout nous apporte des clés de compréhensions pour nos enjeux actuels.
Reliant brillamment la micro-histoire et l’histoire environnementale, La bataille des chênes verts pose ainsi la question des communs en montrant que « l’exploitation des ressources ne peut-être disjointe des relations de pouvoir qui en déterminent les modalités d’usage et d’appropriation ».