Un coup de coeur de Hugo T.
Éffaçant la distance que l’historienne doit mettre face à l’histoire qu’elle raconte, Mona Ozouf décide ici de livrer son enfance, de l’analyser au prisme des enjeux de l’histoire contemporaine française. Elle a en effet saisi l’incroyable valeur heuristique d’une telle démarche tant son enfance dit beaucoup du croisement des traditions, des valeurs, des croyances et des idéaux qui parcourent la société française depuis la Révolution dont elle deviendra l’une des plus éminentes spécialistes.
Mona va passer son enfance dans le « palais scolaire » de Plouha, un « gros bourg » situé non loin de Paimpol, où sa mère officie dans l’idéal républicain. Son père est mort alors qu’elle n’a que quatre ans mais l’ombre de ce fervent défenseur de la langue bretonne va continuer à planer sur la famille. Mona va donc passer son enfance auprès de sa mère et de sa grand-mère qui représente alors à la maison la Bretagne et ses traditions pluriséculaires.
De ce décor, Mona Ozouf décrit ce qu’elle appelle « trois pèlerinages », trois croyances qui fondent sa « tradition », « une voix presque mienne » comme elle le dit en reprenant les mots de Paul Thorez : la foi bretonne de la maison, la foi chrétienne de l’église, la foi de l’école dans la raison républicaine. De ce mélange de croyances et de valeurs, Mona Ozouf tire des questionnements sur le républicanisme, les particularismes locaux, l’universel et tente de comprendre comment une composition française « heureuse » est possible.
Telle une peintre ayant le souci d’équilibrer son œuvre en jouant avec les couleurs et les contrastes, Mona Ozouf dresse ici une composition française très instructive sur notre histoire contemporaine. Avec une plume somptueuse et une grande rigueur historique, elle livre bien plus qu’un simple récit personnel, c’est l’enfance de la France républicaine qu’elle décrit.