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Galia Ackerman - Le KGB à Tchernobyl

Les secrets d'État de la catastrophe nucléaire.
Publié le 26/05/2026
Galia Ackerman vous présente son ouvrage "Le KGB à Tchernobyl : une plongée inédite dans les archives ukrainiennes" aux éditions Premier Parallèle. Entretien avec Jefferson Desport.
L'historienne et essayiste Galia Ackerman met en lumière les réalités de la catastrophe de Tchernobyl à travers l'analyse des rapports internes du KGB ukrainien, aujourd'hui déclassifiés et numérisés. Ces documents administratifs et notes de service, par nature top secrets, dévoilent l'envers du décor soviétique, depuis le lancement du chantier en 1971 jusqu'à l'explosion du réacteur numéro 4 le 26 avril 1986.

L'analyse de ces archives révèle un fiasco structurel et une incompétence systémique de bout en bout. Obsédé de manière anachronique par le spectre du « sabotage » industriel, le KGB surveillait le site sous l'angle du contre-espionnage économique. Cependant, la police secrète ne faisait que consigner des dysfonctionnements majeurs sans pouvoir les corriger, se heurtant à l'inertie et au silence du Parti communiste. Parmi les tares dénoncées figuraient l'usage de matériaux défectueux (notamment des tuyauteries non conformes), des accidents du travail récurrents, des vols endémiques facilités par la corruption, et un manque cruel de qualification du personnel, souvent formé par correspondance ou lors de cours du soir. Le directeur de la centrale lui-même était électricien, sans compétences en physique nucléaire.

L'ouvrage met en parallèle ces défaillances avec le choix initial du modèle de réacteur RBMK, retenu parce qu'il était moins coûteux et adapté aux capacités de l'industrie soviétique, bien que dépourvu d'enceinte de confinement. De plus, la culture absolue du secret a empêché tout échange d'expérience entre centrales, masquant les enseignements du grave accident radiochimique de Mayak survenu en 1957. Les archives exposent également des aberrations nées du dogme productiviste, comme l'aménagement d'un élevage de poissons à visée commerciale directement dans le bassin de refroidissement contaminé de la centrale.

Le rôle du KGB s'est avéré particulièrement destructeur au lendemain de l'explosion. Transformé en instrument d'occultation pour préserver le prestige du régime, le service a instauré une chape de plomb. Tandis que les rapports internes mesuraient précisément la gravité de l'irradiation, le pouvoir maintenait le secret d'État. Cette désinformation a conduit au maintien criminel des défilés populaires du 1er mai 1986 à Kiev sous les retombées radioactives. Quarante ans plus tard, alors que la guerre d'agression russe en Ukraine fragilise à nouveau le sarcophage de Tchernobyl, Galia Ackerman rappelle que les centrales nucléaires constituent désormais des cibles et des instruments de chantage géopolitique majeurs pour le XXIe siècle.
Bibliographie
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