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Agathe Charnet - Peut-être le hasard

Une ode bouleversante à la tendresse, au pouvoir de la musique et à la dignité face à l'effacement.
Publié le 26/05/2026
Agathe Charnet vous présente son ouvrage "Peut-être le hasard" aux éditions Les Corps Conducteurs. Entretien avec Sylvie Hazebroucq.
Issue du monde du théâtre, Agathe Charnet aborde l'écriture à la frontière du roman, de l'autofiction et du récit. Pour elle, la littérature permet de pétrir et de sublimer la brutalité du réel. Son ouvrage s'inspire directement de son parcours biographique : celui d'une jeune aidante confrontée, à l'âge de 25 ans, au diagnostic précoce de la maladie d'Alzheimer de sa mère, ancienne enseignante en philosophie.

L'autrice explore la rupture biographique que représente l'annonce de la maladie, refusant de s'en tenir à une vision tragique ou « démentophobe » dictée par une société ultralibérale obsédée par l'efficience. Elle préfère traquer la vie sous la cendre, la tendresse et la joie qui subsistent. Pour éviter une position de surplomb ou de « voler » l'histoire d'une mère ayant perdu l'usage de la parole, Agathe Charnet choisit de s'adresser directement à elle à travers l'emploi du « tu ». Ce procédé stylistique permet de tisser un dialogue intergénérationnel et féministe entre une femme née dans les années 1960 et une autre dans les années 1990.

Le récit adopte une structure fragmentaire inspirée du montage cinématographique, un écho au film culte de sa mère, "Au hasard Balthazar". L'ouvrage met en lumière le rôle central de la culture et de la musique comme outils de reconnexion synaptique et affective lorsque le langage s'effondre. Le chant devient une formule magique pour contrer le tragique de l'aphasie.

D'un point de vue politique et social, le livre aborde la réalité invisible des dizaines de milliers de jeunes aidants en France, souvent démunis face au manque de ressources. Agathe Charnet livre une réflexion critique sur les dysfonctionnements d'un hôpital public saturé, les déserts médicaux et la précarité des métiers du soin. Elle interroge également la notion de dignité, s'opposant au concept de « deuil blanc » qui pousse à considérer le malade comme déjà mort. En intégrant les corps vulnérables, vieillissants ou indociles dans l'espace littéraire, elle adopte une démarche écoféministe où les corps humains et animaux partagent le même plan.

Enfin, l'écriture de ce livre apparaît comme un rituel de consolation qui a transformé son rapport au monde en éliminant le cynisme au profit de la tendresse. C'est un acte d'amour qui prolonge le dialogue au-delà du décès, offrant un espace pour raconter la finitude, l'accompagnement et le deuil.
Bibliographie