Chargement...
Chargement...

Dominique Memmi - La vengeance des femmes : entre réalité et fiction cinématographique

Pourquoi le cinéma français regorge-t-il de femmes vengeresses alors que la réalité judiciaire est tout autre ?
Publié le 09/04/2026
Dominique Memmi vous présente son ouvrage "La vengeance des femmes : entre réalité et fiction cinématographique" aux éditions PUF.
Dominique Memmi explore un paradoxe frappant : l'omniprésence de la vengeance sanglante des femmes au cinéma face à son absence quasi totale dans la réalité sociale. En analysant une cinquantaine de films et des centaines de décisions de justice, la chercheuse souligne une rupture majeure dans le récit national. Si le cinéma d'avant-guerre, avec Sacha Guitry ou Fernandel, montrait des domestiques malicieux mais dévoués, les années 1960 marquent l'apparition de figures criminelles comme dans "Les Abysses" de Nikos Papatakis. Pour les violences sexuelles, le tournant s'opère en 1983 avec "L'été meurtrier" mettant en scène Isabelle Adjani, transformant la victime en justicière.

Pourtant, les statistiques judiciaires sont sans appel : les domestiques ne tuent pas leurs patrons. Dominique Memmi explique ce décalage par une évolution sociologique profonde qu'elle nomme l'intolérance nouvelle à la domination rapprochée. Qu'il s'agisse de la fin des chambres de bonne ou de la criminalisation du viol après le procès de Bobigny, le refus du contact physique imposé redéfinit les rapports de force contemporains.

L'entretien révèle aussi une dimension politique de la création. Les films traitant de ces révoltes sont majoritairement réalisés par des hommes ou des membres de la bourgeoisie, à l'image de Claude Chabrol. Dominique Memmi y voit une forme de sociologie spontanée où le dominant exprime sa crainte de voir l'opprimé lui échapper. La fiction permet ainsi d'affronter le réel tout en maintenant une forme de jouissance symbolique liée à la domination.
Bibliographie