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Lola Lafon, lauréate du Prix de La Closerie des Lilas

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Publié le 09/04/2014
Coup de cœur de votre libraire et vidéo de l'auteur de La petite communiste qui ne souriait jamais (Actes Sud)
C'est sans doute parce qu'on les considère comme des héros des temps modernes que les plus grands sportifs n'ont cessé d'inspirer les écrivains.

Après Emil Zatopek (1) et Mohamed Ali , c'est aujourd'hui au tour de Nadia Comaneci de rentrer en littérature grâce à Lola Lafon. Son roman intitulé, La Petite communiste qui ne souriait jamais, que les éditions Actes Sud viennent de publier, se lit en effet comme une biographie de la célèbre gymnaste roumaine dont la performance aux J. O. de Montréal de 1976 a marqué les mémoires de tous, sportifs ou non -elle est la première à avoir remporté la note parfaite de 10.

Ici, les fameux Jeux Olympiques sont évidemment évoqués, mais Lola Lafon revient aussi sur les différentes étapes du parcours de la gymnaste : Une formation intensive dès son plus jeune âge, la consécration à quatorze ans, puis les premiers désenchantements liés notamment à la métamorphose du corps pendant la puberté, à la difficulté de progresser aussi.

Lola Lafon s'attaque à une légende de la gymnastique, mais pas seulement, car la carrière de la petite Nadia nous paraît aujourd'hui d'autant plus singulière qu'elle s'est construite en pleine Guerre Froide, dans une Roumanie régentée par Ceausescu. L'auteur rappelle a quel point la sportive est devenue une égérie pour l'Europe de l'Ouest, fascinée par cette petite slave filiforme et imperturbable. Lola Lafon nous immerge dans cette période si particulière et narre avec un certain sens de la reconstitution des anecdotes les plus éloquentes - par exemple, l'évocation de l'école de gymnastique où Nadia s'est entraînée, qui ne doit son existence que grâce aux dessous de tables et aux produits de contrebande dont l'entraîneur s'est servi pour arroser la municipalité. L'auteur ne manque pas non plus de nous décrire la surprise des jeunes gymnastes roumaines arrivées à l'Ouest et découvrant supermarchés, publicités et société de consommation.

Mais si Lola Lafon nous fait le portrait d'une époque, elle réussit aussi à ne jamais verser dans le cliché, la construction même de son roman évitant sans doute cet écueil. L'auteur a en effet pris soin d'entrecouper son récit de parties dialoguées avec une Nadia Comaneci qui relit et passe au crible tous les épisodes racontés, ce qui apporte nuances et profondeur. Que cette correspondance entre l'auteur et la gymnaste ai réellement eu lieu importe peu finalement, le lecteur parcourt le texte avec un plaisir tel qu'il est prêt à jouer tous les jeux que lui impose Lola Lafon. La petite communiste qui ne souriait jamais se lit d'une traite et nous donne envie après lecture de découvrir les autres romans d'un auteur jusqu'ici injustement méconnue et dont le talent n'est pas sans rappeler le grand Emmanuel Carrère...

Émilie Dontenville


(1) A lire : Courir de Jean Echenoz paru aux éditions de Minuit autour de Zatopek et Alias Ali de Frédéric Roux publié chez Fayard autour de Mohamed Ali


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