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Un photographe bordelais au pays des fjords - épisode n° 3

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Publié le 19/08/2014
Nous y voilà. Le Dovrefjell et ses 150 km2 de grands espaces préservés où règnent en maître les rennes sauvages et les bœufs musqués. Les bœufs musqués justement...
Espèce peu connue de nos contrées tempérées mais emblématiques de la rudesse des climats nordiques. Je dois dire que l'enfant qui est en moi était comme un gamin qu'on amènerait devant Disney Land sans savoir s'il va y pouvoir y rentrer. Car il faut bien les trouver dans tout cet espace ! Heureusement, nous croisons un Français qui travaille dans une boutique de souvenirs et nous explique où chercher. Il nous met cependant en garde : les bœufs musqués, ou musk ox, peuvent tuer. Disons pour tempérer que cet herbivore de 400 kg peut charger s'il on ne respecte pas son caractère et son périmètre. Tout les ans, des personnes en font les frais.

Nous partons donc pour 5 jours en direction des hauts plateaux du Dovre.
Le premier jour sera une mise en bouche et je prends vite le réflexe de me coller les jumelles aux yeux pour les chercher dans ces espaces à perte de vue. Dès le lendemain, les choses sérieuses commencent. Le climat norvégien ne nous aide pas et nous devons remonter sous l'orage une tente pour nous y réfugier en urgence. Nous attendrons 1 heure, à trois dans une tente pour deux, avec nos sacs, trempés jusqu'aux os...

Mais même le climat nordique a ses moments de faiblesses. Nous repartons et marcherons toute la journée entre pluie froide et soleil brûlant pour rattraper notre retard pour finalement nous fixer aux abords d'une vallée où l'apparition d'un dinosaure ne m'aurait pas étonné outre mesure. Les paysages sont à couper le souffle et seront assaisonnés de ciels magiques. Une petite balade en solitaire quelques heures avant m'aura permis d'apercevoir au loin un bœuf musqué solitaire. Un saut de joie !

Dès le lendemain, nous repartons vers les hauts plateaux en direction du glacier Snohetta. Après environ 1h30 de marche apparaît dans nos jumelles la récompense tant attendue. Ils sont là ! Un troupeau de 6 individus dont 3 petits. Étant donné qu'il y a des jeunes, il faut redoubler de prudence. Nous approchons lentement. Ils nous voient ; nous ne nous cachons pas et avançons à pas lents. Un gros mâle se détache du groupe. Je finirai par l'approcher à une quarantaine de mètres sans qu'il ne me prête trop d'attention. La limite de sécurité de 200 mètres minimum recommandée est largement dépassée mais qu'importe, l'animal n'a pas montré le moindre signe de dérangement ce qui reste le plus important. Ils nous tolèrent à distance raisonnable. Ces moments là se vivent et je cherche toujours une manière simple et limpide de les transcrire en mots. Nous continuons notre route et dormirons non loin du glacier le soir avec des espérances pour les jours à venir.

Départ le lendemain pour arpenter le plateau sous la brume et la pluie à travers les marais, tourbières et pierres qui font travailler les chevilles à chaque pas. Mon entorse, récoltée sur un trail quelques semaines avant, se réveille un peu parfois. Un cadavre de renne sauvage, de la pluie, un vent toujours aussi glacial qui fait chuter une température déjà froide, l'avancée est difficile... Et pourtant, au loin, j'en vois un à environ 2 km. Je pars droit vers lui au sommet d'une petite montagne et les autres feront le tour par le bas. Plus je m'approche et plus je garde en tête que je ne dois pas le surprendre. C'est d'ailleurs lui qui me surprendra en levant la tête de ce que je croyais à première vue être un rocher. Il me dévisage littéralement et mon regard oscille entre fascination et prudence. S'il charge je n'ai aucune chance, les bœufs musqués courant à 60km/h sur un territoire sans arbres et sans ombre. Mais l'animal reste observateur sans plus. Je prends quelques photos et profite surtout de ce moment. Je rejoins les deux autres qui scrutent plus bas un autre groupe. Décidément nous sommes gâtés. Nous partons direction le nord et apercevons un groupe de 8 bœufs. A notre vue, ils se resserrent tous et forment un bloc. Moment incroyable. Nous sommes loin et je tenterai une approche timide pour quelques images de plus.

La pluie revient mais nous apercevons au loin une cabane sans trop savoir ce qu'elle est. Il nous faudra presque 2 heures pour l'atteindre sous la pluie, le vent glacial, la traversée de rivières, les nombreux détours que la topographie du terrain nous impose sans compter, mon poncho qui ne sert plus à rien. Nous sommes trempés et l'avancée est laborieuse... Deux bœufs nous apercevrons de loin et nous irons vers eux pour nous approcher de la rivière, barrière naturelle sur notre chemin. Sylvain aura la chance d'apercevoir un magnifique renard arctique, espèce tout aussi emblématique de ces contrées. Dernière rivière à traverser et nous déchaussons car elle se trouve être trop profonde. Je perdrai l'équilibre et une de mes chaussures sera totalement immergée. Pas la meilleure chose pour la marche que d'avoir les pieds constamment mouillés... La pluie se lassera finalement de nous abattre et c'est tant mieux car nous sommes déjà bien abattus... Le feu du soir sera un vrai réconfort.

La journée du lendemain sera le retour à la civilisation. 6 heures de marche avec nos 20 kg sur le dos c'est désormais une habitude sauf quand on a plus rien à manger. Notre gaz est épuisé ainsi que notre réserve de nourriture. Nous avons fait une erreur de comptage... Nous partons ventre vide vers l'est pour descendre du plateau et croiserons près d'une rivière un bœuf musqué en train de dormir. Quelques photos plus tard nous devrons encore traverser une tourbière. Avancée laborieuse mais quelques heures plus tard nous arrivons à trouver un chemin qui nous mènera à la voiture. Journée harassante. Bilan de ce périple dans le Dovrefjell : harassés, fatigués, amaigris mais un sourire aux lèvres à faire pâlir un soleil de croisette... Un rêve s'est réalisé parce que nous sommes allés le chercher. Comme tous les rêves en somme.

Une bonne journée de repos et nous repartons très vite, reste à savoir où !

Yohan


Retrouvez ci-dessous les livres que Yohan Terraza a mis dans ses bagages pour l'accompagner dans les pays du Grand Nord.

>>>Facebook : www.facebook.com/yophotographer
>>>Twitter : twitter.com/drinkdrivedrop
>>>Instagram : instagram.com/drinkdrivedrop
>>>Site du photographe : www.yohanterraza.com 

Et voici quelques photos faites au téléphone en attendant le véritable travail photographique qui sera présenté au retour.


Iris


Iris


Iris


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