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Un vieux jeune homme en colère récompensé.

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Publié le 13/10/2005
Contre toute attente, c'est Harold Pinter, dramaturge, scénariste - et désormais poète - anglais qui vient de se voir décerner le Prix Nobel de littérature.

Lettrine n donnait plutôt le turc Oran Pamuk ou bien le syrien Adonis, c'est donc Harold Pinter, une demi-surprise, qui s'est vu décerner ce prix Nobel de Littérature 2005.

Les commentateurs avaient fini par s'habituer à le voir chaque année dans la liste des favoris. Ce trublion des sixties, réinventeur du théâtre anglais dans les années 60 était devenu une institution britannique, à l'instar de la relève de la garde et du cheddar. Un inoffensif original dont les frasques littéraires ou sentimentales alimentaient épisodiquement les gazettes en tous genres mais dont on avait – un peu - oublié l'importance littéraire.

 

Né en 1930, ancien étudiant de la Royal Academy of Dramatic Art, il fut originellement comédien avant de découvrir l'écriture en poésie. Ce n'est qu'en 1957 qu'il écrit sa première pièce, The room, créée par un groupe d'étudiants de l'université de Bristol. The Caretaker (Le gardien) lui fera connaître son premier succès public en 1960 – The Birthday Party (L'anniversaire), sa pièce la plus jouée à ce jour ayant été un flop en 1958, malgré une critique élogieuse.

 

S'ensuit une série de pièces qui établiront sa réputation de dramaturge en observateur lucide de la modernité anglaise. Le ton froid voire glacé de ses dialogues, ses situations lourdes aux malentendus rarement exprimés, basées sur rapports de domination ou de soumission implicites et complexes contribuent à donner des pièces et de leur auteur une image sulfureuse. Dans cette Angleterre d'après la seconde guerre mondiale, une démocratie de temps de paix, on pouvait croire à l'avènement d'une société sans classe, égalitaire et lisse. Il n'est fut bien entendu rien, et Pinter l'a dit mieux que quiconque dans son théâtre.

 

Les années soixante et soixante-dix verront le théâtre de Pinter prendre un tour plus politique. Outre la scène, l'écrivain découvre également l'écriture scénaristique entamant avec Joseph Losey une collaboration qui durera de 1962 à la mort du réalisateur alors qu'ils tentaient vainement de tourner leur version d'A la recherche du temps perdu.

 

Peu à peu, Pinter et son théâtre seront admis au rang des institutions britanniques et perdront quelque peu de leur force. Ce n'est que très récemment que l'Angleterre a redécouvert son dramaturge qui, affrontant un cancer et de lourds traitements chimio-thérapeutiques, avait retrouvé le goût d'écrire dans la poésie.

 

L'adversité lui a également donné des ailes, puisqu'il il fut récemment de tous les combats contre l'engagement anglais aux côtés des Etats-Unis dans leur campagne irakienne. Et sa virulence n'épargne personne : « Je craindrais fort, si je me trouvais face à Tony Blair, de lui cracher dans l'œil » a-t-il d'ailleurs déclaré au Financial Times.

 

Souhaitons que les honneurs n'anesthésient pas de nouveau cette plume nécessaire, l'époque à bien besoin de lui...