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Aimez-vous Marilyn ?

Publié le 24/07/2012
De Marylin Monroe, on a tout vu et on a tout dit ! C'est ce qu'on croit ! Une vie épiée, étalée, surveillée, espionnée. Et soudain avec ce livre publié par les éditions du Seuil, Fragments, c'est elle qui dit. Elle ne donne plus à voir : elle écrit son intimité...
Des milliers de clichés, des petits et grands morceaux de films découverts après sa mort Et toujours le mystère de la fin ! Mais pas seulement : le mystère aussi de sa vie, derrière l'apparence, l'actrice, la chanteuse, on retrouve une Marilyn aux visages multiples.

D'abord, c'est une femme qui voulait toujours grandir, être meilleure. Elle suivit les cours de l'Actor's Studio de Lee Strasberg (comme Brando, James Dean et Kazan). Elle voulait développer sa culture – on se souvient de Marilyn se faisant photographier avec un livre, de Joyce, souvent ; la littérature la touchait profondément - car elle avait quitté le lycée à 16 ans pour se marier avec un jeune militaire Jim Dougherty, un mariage arrangé par l'amie de sa mère, alors internée.

Il y a la Marilyn généreuse aussi : quand elle apprit qu'un club de jazz réputé refusait Ella Fitzgerald parce qu'elle était noire, elle intervint auprès du directeur afin qu'il l'engage immédiatement et lui promit de venir à chacun des concerts de la chanteuse, à une table, face à la scène afin d'assurer sa publicité auprès de la presse. Ce qu'elle fit et les journalistes et le public suivirent.
Citons également la Marilyn qui décida un jour de s'opposer à la politique des grands studios d'Hollywood qui imposaient leurs choix aux acteurs, soumis aux producteurs bien plus qu'aux metteurs en scène. Avec un ami photographe, elle fonda sa maison de production afin de pouvoir choisir ses rôles. Une grande claque aux studios qui lui feront payer un jour.
Inspiratrice d'art moderne, égérie d'un parfum français, d'un pull porté dans un film, du blond platine, d'une ligne de maquillage et de tous ces objets du quotidien : Marilyn était enfin et avant tout une icône qui transcendât l'imaginaire des écrivains de façon tellement sublime. Il faut lire Blonde, la biographie-fiction de Joyce Carol Oates (elle connaissait Marilyn) mais aussi Norman Mailer, Truman Capote et Michel Schneider, psychiatre-écrivain, auteur en 2006 de Marilyn dernières séances qui sait nous faire pénétrer dans l'univers de Marilyn, qui elle-même s'est souvent tournée vers la psychanalyse. Les deux dernières années de sa vie sont rythmées par les séances interminables qu'elle passa auprès du Dr Greenson.

Toute sa vie elle n'a cessé de se chercher et de chercher l'amour de l'homme qui la reconnaîtrait enfin, elle, Norma Jean Baker, et lui donnerait l'enfant miraculeux.

Malgré une mère « folle », un père « inconnu », l'orphelinat, les familles d'accueil, l'abus sexuel, Marilyn prendra très vite conscience du regard des hommes porté sur elle et du pouvoir à double-face que cela lui donne.

La plus célèbre de ses aventures fut celle qu'elle entretint avec le président des États-Unis… Quand l'aide de camp de JFK lui présenta la montre gravée offerte par Marilyn pour son anniversaire, JFK dit « Débarrassez-vous-en !» De qui ? De quoi ? A cette fête d'anniversaire, elle susurre en fredonnant « Happy Birthday Mr President » aveuglée par la lumière, moulée dans une longue robe pailletée; elle est plus que nue, elle scintille langoureusement en sautillant pour JFK . Les invités ricanent, gênés par l'obscénité du message. Elle dit et montre ce que tout le monde sait.
C'est un autre homme qui, tout au long de sa vie, a voulu la protéger: son second mari Jo DiMaggio, champion de base-ball à la retraite. Le mariage fut de courte durée. Jo détestait le milieu d'Hollywood, le travail de Marilyn et sa gloire. « Monsieur Marilyn Monroe » se laissa petit à petit entraîner dans le cercle vicieux de la violence conjugale. Malgré tout, bien après leur séparation, DiMaggio fut toujours là pour Marilyn.

Son dernier mariage avec Arthur Miller, « long » de 4 ans, alimenta les tabloïds : Marilyn et Arthur, mariage improbable ! Elle attendait tout de lui mais il n'avait pas le pouvoir de tuer les fantômes. Marilyn veut qu'Arthur s'occupe d'elle, mais les manifestations de son amour lui semblent toujours insuffisantes, jamais à la hauteur de ce qu'elle attend. Lui, c'est un écrivain qui a besoin de solitude et il a du mal à écrire, Marilyn le comprend, elle le dégage de tous soucis matériels. Ce qui permet à Arthur Miller d'être à ses côtés (outre le fait qu'il soit sincèrement amoureux d'elle) c'est qu'il va devoir, lui, faire reculer ses terreurs par son amour. Mais sa façon d'aimer est toute en retenue. Un glaçon sur un brandon qui se consume !

Lors du tournage de « Le Prince et la Danseuse » en Angleterre, le film tourne à la tragédie. Marilyn est hospitalisée : trop d'alcool et de barbituriques. Trop de gens autour d'elle voulant l'influencer et un mari qui semble abandonner la partie avant qu'elle ait commencée : il la juge; elle le sait. Quelque chose est cassé. Après cet épisode, ils vivent à New-York, passent les étés dans le Connecticut. Les fausses-couches se succèdent et Marilyn touche le fond.
Heureusement il y eut ce chef-d'œuvre « Certains l'aiment chaud » grâce auquel elle obtiendra un Golden Globe.
Par la suite, Arthur Miller remania une de ses nouvelles pour en faire un scénario pour Marilyn : The Misfits (Les Desaxés en français). John Huston le réalisera dans le désert du Névada avec des acteurs au bout du rouleau : Clark Gable mourra une semaine après la fin du tournage, Marilyn devra être hospitalisée et Montgomery Clift s'imbibera d'alcool comme à son habitude. Sans compter John Huston qui passera ses nuits au casino à jouer l'argent des producteurs. Cela donnera un film crépusculaire, en noir et blanc, avec des personnages blessés à mort, sans avenir, accrochés à une vie ratée.

La « blonde idiote » voudrait des rôles à la Dostoïevski, elle en a assez d'être emprisonnée par son image. Elle veut jouer du tragique car elle se sent tragique. Il est vrai, Marilyn est une grande actrice qui aurait méritée de meilleurs rôles. Elle avait un vrai talent et quand elle était sur l'image on ne voyait plus qu'elle. Heureusement les photographes ont su saisir le meilleur, le plus merveilleux, le plus beau d'elle-même cette « aura » unique : Milton Greene, Eve Arnold, Kirkland et surtout Bert Stern qui sut saisir la célèbre blonde comme personne dans son livre La Dernière séance - on est en juin 1962, le magazine Vogue veut des photos de Marilyn ; le photographe et la star s'enferment dans une chambre d'hôtel avec comme accessoires un long collier, un foulard, des fleurs en papier. Et la transmutation se fait ! C'est Marilyn qui choisit les photos sur les planche-contacts. Bert Stern fera 2500 clichés, il est comme envoûté ; Marilyn pose nue. Peu de maquillage, pas de photoshop, ce qu'il faut de champagne. Mais Vogue recule devant tant de beauté éclatante. Une autre séance sera organisée avec des robes et des fourrures sur la peau de Marilyn. Ces photos seront publiées le lendemain de sa mort.

Elle a juste 36 ans, elle a l'impression de se déliter, le titre du film qu'elle tourne, et qui restera inachevé, semble prémonitoire : « Quelque chose va craquer » . Et puis Marilyn meurt. Trop de médicaments ? Suicide probable ? Assassinat ? Le mystère est toujours vivant. Mais son testament est prêt et une fois de plus témoigne de sa générosité : elle lègue de l'argent à l'institution pour enfants qu'a fondée Anna Freud à Londres.

Sa notoriété grandira avec le temps, un nombre extraordinaire de sites sur Internet lui sont consacrés, de plus en plus de livres ont été édités jusqu'à ce Fragments qui doit la combler de bonheur et nous aussi.


Lisez Marilyn, regardez Marilyn et aimez-la !


Marion Chouet

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