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Confucius

Publié le 03/11/2009
La parution des grands textes confucianistes dans la collection de la Pléiade est pour nous l'occasion de revenir sur la vie et la pensée du Maître qui, plus de deux millénaires après sa naissance, reste une figure incontournable de la pensée asiatique.
Avec le taoïsme et le bouddhisme, le confucianisme est l'une des grandes religions de la Chine. 2500 ans après sa naissance, elle continue d'exercer une influence considérable sur la vie intellectuelle et morale de l'Extrême-Orient (Chine, Japon, Corée, Vietnam), mais aussi sur une partie de la pensée religieuse occidentale. Contemporain de Bouddha, né une génération avant Socrate, Confucius reste l'exemple parfait d'un penseur indépendant et moderne, humaniste et pédagogue. Sa philosophie a révolutionné la pensée politique et morale de son époque, malgré le peu d'écrits laissés à sa postérité : quelques aphorismes compilés par ses disciples, une biographie rédigée trois siècles après sa mort et des citations éparses dans les canons rituels. Il est pourtant possible de comprendre les enjeux et la teneur de sa pensée en lisant les Entretiens, livre dans lequel on voit le Maître vivre et discuter des problèmes de son temps avec ses disciples.

La vie de confucius
Confucius (nom latinisé de K'ong fou-tseu, Maître K'ong) serait né vers 551 avant Jésus-Christ, dans le royaume de Lu (province du Shandong). Son père meurt alors qu'il n'a que trois ans, laissant sa famille dans la pauvreté. Dès l'âge de dix-sept ans, grâce à un goût précoce pour les livres et les rites, Confucius devient précepteur. Il se marie à dix-neuf ans et donne naissance à son premier fils, Kong Li, un an plus tard (il aura en tout trois enfants). Pour vivre, il effectue des tâches administratives pour le chef de province. La légende raconte qu'il aurait rencontré Lao Tseu en allant consulter des annales, ce qui l'aurait fortement impressionné.
A partir de 527, il voyage beaucoup et dispense son enseignement au petit groupe de disciples qui l'entoure alors. Il acquiert rapidement la réputation d'homme de grande érudition et de caractère, profondément respectueux des idéaux de la tradition.
Persuadé qu'il est nécessaire de moraliser la politique, Confucius, nommé gouverneur de la ville de Zhongdu, cherche à mettre en pratique ses idées sur le gouvernement idéal. Ses disciples affirmèrent que son exercice du pouvoir fut si remarquable qu'«au bout d'un an aux quatre points cardinaux tous le prenaient pour modèle». La tradition fait aussi de lui un intendant des travaux publics, un ministre de la Justice, puis un conseiller politique de la principauté de Lu. A partir de 496, obligé de quitter son poste, le Maître reprend sa vie d'errance, à la recherche d'un souverain éclairé, prêt à expérimenter ses idées politiques.
Au terme de quatorze années d'absence, Confucius rentre dans son pays natal et se consacre à l'étude des textes, des chants et des rituels anciens. C'est à partir de là qu'il se met à compiler, remanier ou rédiger plusieurs parties des grands textes canoniques de l'antiquité, notamment le Livre des documents (Shujing), le Livre des odes (Shijing) et le Livre des mutations (Yijing). Il aurait également composé une chronique de la principauté de Lu, les Annales des printemps et des automnes (Chunqiu).
Confucius serait mort en 479, à l'âge de soixante-douze ans, et aurait été inhumé non loin de la capitale de Lu. Le site présumé de sa sépulture est devenu un lieu de sacrifices dédiés à sa mémoire.

La naissance de l'humanisme chinois
Mettant l'homme au centre de ses préoccupations et refusant de parler des esprits ou de la mort, Confucius n'a pas donné naissance à une religion au sens occidental du terme, même si un culte lui a été dédié par la suite. Son but est surtout de fonder une morale positive, structurée par les «rites» et vivifiée par la «sincérité», mettant l'accent sur l'étude et la rectitude. Le respect des traditions est très présent chez le Maître, et constitue même pour lui l'une des conditions nécessaires pour acquérir de grandes vertus intellectuelles, morales et politiques. En cela, le confucianisme s'oppose au taoïsme, fondé à peu près à la même époque par le sage Lao Tseu. Plus "sauvage" et plus libertaire, le taoïsme prône un retour à la nature, loin des conventions de la société, le but étant pour l'homme de se conformer au principe fondateur du cosmos, le Tao. Confucius, plus pragmatique, insiste sur le respect des valeurs traditionnelles de la société en tant que condition nécessaire pour une bonne harmonie des relations humaines.
Confucius représente pour les Chinois l'éducateur par excellence, mais la lecture attentive des Entretiens montre qu'il n'a pas voulu s'ériger en maître à penser, et qu'au contraire il voulait développer chez ses disciples l'esprit critique et la réflexion personnelle: «Je lève un coin du voile, si l'étudiant ne peut découvrir les trois autres, tant pis pour lui.»
L'ordre politique et social constitue la principale préoccupation du Maître. Respectueux de la légitimité du pouvoir et de la hiérarchie sociale, la morale est selon lui la base de la politique, et c'est à partir de ce concept qu'il élabore son système de pensée. La condition nécessaire pour bien gouverner est la vertu, qui s'apprend par une éducation droite et rigoureuse, au sein de laquelle le Maître  accorde une place importante à la pratique de la musique. Mais pour bien former les individus, il est nécessaire d'être bien éduqué soi-même. De même, gouverner par la vertu ne peut qu'apporter la vertu: «Si un homme sait se gouverner lui-même, quelle difficulté aura-t-il à gouverner l'État? Mais celui qui ne sait pas se gouverner lui-même, comment pourra-t-il gouverner les autres? Au seigneur Ji Kang lui demandant s'il fallait punir les individus, Confucius aurait répondu: "Pour gouverner le peuple, avez-vous besoin de la peine de mort? Soyez vous-même vertueux et votre peuple sera vertueux".

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