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Décès de Marceline Lorida-Ivens

Une actualité de Libraires
Publié le 20/09/2018
Figure littéraire et femme de cinéma engagée, Marceline Loridan-Ivens est décédée ce mardi 18 septembre à l'âge de 90 ans.

Issue d'une famille juive polonaise émigrée en France en 1919, Marceline Loridan-Ivens s'engage rapidement dans la Résistance lors de la Seconde Guerre mondiale. Capturée à l'âge de 15 ans par la Gestapo, elle est déportée e 1944 et rencontre Simon Veil dans de bien tristes circonstances lors de son transfert au camp d'Auschwistz-Birkenau. Les deux femmes ressortiront de cette terrible épreuve fortes d'une « amitié  indéfectible » pour reprendre les termes de Jean Veil. Elle est libérée en 1945 par l'Armée rouge après avoir vécu l'enfer dans les camps de Bergen-Belsen et Theresienstadt.

 

Dans le Paris de l'après-guerre Marceline Loridan-Ivens fréquente quelques-unes des personnalités intellectuelles les plus en vogue à l'instar de Roland Barthes pour qui elle tape de nombreux manuscrits. Elle finit par entrer dans le monde du cinéma par le biais d'Edgar Morin et de Jean Rouch lors du tournage de leur film « Chronique d'un été » réalisé en 1961. Débute alors pour celle qui très jeune aimait à fréquenter les cinémathèques une carrière engagée dans le septième art. En 1962 elle coréalise son premier documentaire, « Algérie année zéro ». Vient ensuite le film « Le 17e parallèle » qu'elle réalisera en pleine guerre du Vietnam au côté de son second mari, Joris Ivens, ainsi qu'une série de films sur la Chine maoïste dont ils sont tous deux de fervents admirateurs jusqu'en 1975.

 

Marceline Loridan-Ivens rompit alors le grand silence qui régnait autour de sa déportation avec un livre magnifique qu'elle écrit avec Judith Perrignon « Et tu n'es pas revenu ». Publié en 2015, il reçoit par la suite le prix Jean-Jacques Rousseau. Témoigner par la parole, le texte et l'image devient alors pour elle une seconde mission : « Quand je témoigne dans les écoles, notamment, je demande que l'on montre un film. Pour que les enfants voient de quoi il s'agit et qu'ils ne restent pas que dans le langage, dans l'abstraction. L'image a une force que la parole n'a pas forcément. Il faut toujours témoigner, et c'est pour cela que j'écris et que je fais des films [...] ». Par la suite elle publie « L'amour après » un texte sensible dans lequel elle se confie sur sa lente reconstruction, sur son expérience et sa conception de l'amour.

 

La librairie Mollat rend hommage à une femme meurtrie mais d'une force rare qui a marqué la vie littéraire et le cinéma français par sa verve passionnée et son engagement sans borne en dénonçant les injustices et les violences d'un XXe siècle qui l'a marquée à jamais.

Bibliographie