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Deligny, l'homme sans affaires.

Publié le 24/12/2007
Les éditions l'Arachnéen publient un audacieux et superbe coffret regroupant les principaux ouvrages et articles de Fernand Deligny. Visite guidée, par Denis Decourchelle.
Que ceux qui ne connaissent pas encore les œuvres et les pensées de Deligny ne se laissent pas impressionner par les 1845 pages de ce recueil mais se laissent guider plutôt par leur propre embarras. Car précisément, c'est de ne pas savoir par quel bout prendre les matériaux de cette somptueuse brocante qui leur ouvrira un chemin. Si par brocante on entend ce qui a servi et resservira encore. Quant à ceux qui avaient quelques idées sur la question ou le bonhomme, le moment est peut-être venu de faire peau neuve. Oui, Deligny est très officiellement un travailleur social, un éducateur spécialisé, un cinéaste, un romancier, un théoricien, un ethnologue, mais si ces personnages font souvent leur entrée dans son travail et sa vie même, on ne sait pas toujours par où ils sortent et dans quel état ils en reviennent. A chaque lecteur son image, son ticket de manège pour monter dans ce grand dispositif de pensée : la définition de l'humain et de l'humanité, la question du pouvoir et de la communauté, la relation au langage et à l'action, le réseau plutôt que la raison, la délinquance et la folie, la cartographie et la poésie. Grâce à cette publication, les lecteurs trouveront aussi des contributions de compagnons de route, des perspectives historiques ressituant l'action et les textes de Deligny dans les questions d'époque.

Toutefois, ces « œuvres complètes » n'assureront pas sa reconnaissance officielle. Peu de chance qu'on lui voue un culte et peut-être rajoutent-t-elles en pointillé son personnage à la cohorte des patriarches zen, qui, comme Lin-Tsi, passaient leur temps à renvoyer les adeptes trop vertueux ! « Comment appeler cette chose bien distincte, cette lumière solitaire à quoi rien n'a jamais manqué, mais que l'œil ne voit pas, que l'oreille n'entend pas ? Un ancien l'a dit : « Dire que cela est une chose, c'est manquer la cible. » Regardez en vous-même ! Qu'y a-t'il de plus ? – On ne finirait pas d'en parler.  Que chacun fasse effort ! Salut ! »

- Denis Decourchelle
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