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La littérature occitane d'hier et d'aujourd'hui (2)

Publié le 03/04/2008
La suite de notre découverte de la langue d'Oc.

II. La littérature occitane de la fin du XXe au début du XXIe siècle
L'année 1945 marque le début du mouvement « occitaniste » avec la création de l'Institut d'Estudis Occitans (I.E.O.) — qui succède à la Société d'Études Occitanes créée dans les années trente —, autour, notamment, d'intellectuels et d'écrivains pour la plupart issus de la Résistance. Cet élan a révélé une littérature à la mesure de ses sœurs d'Europe. Occupation oblige, écrivains et d'intellectuels ont fui Paris pour la Zone libre qui se trouve correspondre à quelques arpents près, à l'aire linguistique occitane. Les voilà à Toulouse, Montpellier, Marseille, au contact d'écrivains et intellectuels dont la langue de création ou d'étude n'est pas le français. On parle alors du Génie d'oc . L'après-guerre et ses valeurs démocratiques fondent l'Europe nouvelle, et favorisent l'adoption de la modernité comme repère. Dans le mouvement de libération nationale, la littérature occitane se défait de l'idéologie réactionnaire et passéiste dont Maurras fut le héraut provençal, dont elle s'était hélas vêtu pendant la période obscure et confuse du deuxième conflit mondial.

Quelques principes la guident :
L'émulation intellectuelle avec la présence des réfugiés catalans fuyant la dictature de Primo de Rivera, puis le franquisme. Le Roussillonnais Josep Sebastià Pons, professeur de Lettres à la faculté de Toulouse, donne une œuvre qui offre une vision éblouissante de la nature. Notons que des aides financières sont alors octroyées par la « Generalitat de Catalunya » pour l'édition de la Gramatica Occitana et d'œuvres littéraires jusqu'en 1938.

Une réforme graphique et linguistique initiée et réalisée par Antonin Perbosc ;
Une mise en accusation de la médiocrité du Félibrige par Max Rouquette, Charles Camproux ou Georges Reboul. « S'efforcer d'aborder en langue d'Oc les grands problèmes du moment » déclarent Camille Soula et Ismaël Girard (1898-1976), les fondateurs de la revue Òc, en 1923.

Cet occitanisme naissant ne rompt pas cependant totalement avec le Félibrige car les liens avec le « provincialisme ambiant » n'ont pas encore été totalement brisés. Le Félibrige persiste dans ses errements maurassiens voire vichyssois, ne dit mot sur l'horreur de la Collaboration : les silences complices des uns soutiennent les soutiens à peine voilés des autres. Dans les espaces toulousain et rouergat s'opèrent autour d'Antonin Perbosc et de ses continuateurs (Loisa Paulin, Jules Cubaynes, Joan Bodon) de profonds changements. Ils décident, entre autres, d'adopter la graphie classique de l'I.E.O. pour bâtir en oeuvre. En 1943, la publication du numéro des Cahiers du Sud intitulé Le génie d'oc et l'homme méditerranéen met déjà en évidence l'association de l'occitanisme avec la liberté totale d'expression, le progressisme et surtout la rupture avec le passé castrateur. À sa création, l'I.E.O. se voulait le calque de l'Institut d'Estudis Catalàs (1907) mais l'histoire catalane n'est pas l'histoire occitane. Il a dû se placer dans le cadre du nationalisme français généré par la Résistance essentiellement inspirée par le Gaullisme et le Parti Communiste Français. L'I.E.O. est bien le fruit de l'association des cultures françaises et occitanes. Ce sont Max Rouquette, Jean Boudou, Robert Lafont, René Nelli, Marcelle Delpastre qui porteront haut la flamme de la littérature dans la deuxième partie du XX° s.

Depuis lors, la littérature occitane ne s'interdit plus aucun thème ni aucun genre. Ces territoires gagnent en profondeur, leurs frontières s'éloignent encore et toujours. Il y a en effet « continuité » entre la génération de 1945 des Lafont-Manciet-Boudou-Delpastre-Lesfargues et celles qui suivent : les Jean-Frédéric Brun, Jean-Yves Casanova, Jean-paul Creissac, Jean-Claude Forêt, Jean Ganyaire, Eric Gonzalés, Adeline Izac, Sèrgi Javaloyès, Jean-Louis Lavit, Jean-François Mariot, Roland Pécout, Jean-Marie Petit, Jacques Privat, Jean-Yves Rouyer, Jean-Luc Sauvaigo, Alem Sure-Garcia, Jean-Pierre Tardif et Florian Vernet. J'en oublie certainement, qu'ils m'en excusent par avance. Ils ont pris le relais de la génération admirable de l'Après-guerre. Nimiussi et Jean-Marie Pieyre, disparus trop tôt, ont eux marqué durablement cette écriture en devenir. Aujourd'hui une génération née à la fin des années 70 prend lentement mais sûrement le relais : Olivier Lamarque, Bruno Peiras, Benjamin Salinas, Philippe Angelau viennent une fois de plus relancer le débat sur la place de la création occitane aux premiers temps du siècle nouveau.

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