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Le polar au féminin : en quête d'elles

Publié le 17/08/2006
Un peu de finesse dans un monde de brutes...
La femme est l'avenir du polar, voilà ce qu'on entend dire, voilà ce que confirment les chiffres du marché de la littérature policière : près de 40% de la production annuelle est signé par des femmes. Oui, mais. Mais il y a femme et femme, mais il y a polar et polar. Il y a Fred Vargas qui raconte la France, qu'on emmène sur la plage et qui cartonne dans les hit-parades. Il y a Elisabeth George, outre-atlantique, qui met du crime là où Danielle Steel met du mélodrame. Du polar distrayant, une écriture féminine et parfois pétillante, mais pas de quoi réinventer le genre. Pour la nouveauté, il faut se tourner vers les auteurs qui placent la femme au cœur des écrits. Vers les femmes qui incarnent la femme. La femme, et non pas le féminisme, ni la féminité. La femme dans le monde, la femme dans son environnement. La femme procureur, médecin expert, flic ou mathématicienne. La femme professionnelle, lucide, déterminée. La femme qui a su gagner les moyens de ses ambitions, la femme riche et belle, mais affectivement seule et incapable d'aimer. Dépassée, Agatha Christie et les énigmes résolues à l'heure du thé. Adieu P.D. James et Mary Higgins Clark. Terminé la sensiblerie, la psychologie et la morale. Ces polars au féminin plongent au cœur de la société, sa violence, ses perversions, ses luttes pour le pouvoir, et l'intelligence comme revanche à une enfance piétinée au nom d'idéaux ratés. Ces auteurs du polar mènent en parallèle des carrières scientifiques ou juridiques, apportant à leurs intrigues une qualité et une rigueur inégalées, et décryptent les rapports humains en explorant les tréfonds de l'âme mais aussi les situations simples de la vie quotidienne. Leurs descriptions dessinent une vision noire et acérée de la société… et du gouffre qui la sépare du « rêve américain ».

- Sophie Mouton


Quelques femmes en noir...

Kay Scarpetta
Médecin légiste de l'État de Virginie, basée à Richmond, Kay Scarpetta est la première femme héroïne des romans policiers nouveau genre. C'est une femme solitaire, froide et orgueilleuse, qui consacre l'intégralité de son intelligence et de son énergie à son métier. En compagnie d'un flic macho et de sa nièce Lucy, elle dissèque et analyse les victimes de monstres psychopathes, tout en revendiquant son pouvoir dans un univers politique masculin où elle doit batailler sans relâche (et sans le succès qu'elle mérite) pour affirmer son statut et sa position sociale, acquis uniquement par le travail et l'expérience.
Vue dans : Postmortem de Patricia Cornwell

Gloria Parker-Simmons
Mathématicienne implacable et statisticienne hors pair, Gloria Parker-Simmons vend ses services à James Cagney, profiler au FBI. Grâce à un programme informatique qu'elle a mis au point, elle établit des équations par le biais de connexions et d'analogies, et contribue à débusquer les auteurs de crimes en série. Névrosée et accro au Chablis, c'est une femme dure et décidée, mais aussi fragile et blessée, qui met un soin particulier à rester insaisissable. Elle n'a pas hésité à pénétrer dans les systèmes informatiques du FBI pour y gommer toutes traces de son passé et y réinventer celui de sa nièce, tout à la fois point de départ et rempart à sa folie.
Vue dans : La parabole du tueur d'Andrea H.Japp

Kathy Mallory
Flic à New York et petit génie de l'informatique, Kathy Mallory est une psychopathe qui n'obéit à aucune loi. Enfant des rues adoptée par Louis Markowitz, capitaine au NYPD, elle est entrée dans la police à sa suite, et amasse une petite fortune dans des activités parallèles. À la mort de son père, seule la présence attentive des amis de ce dernier, fascinés par le personnage, la protégent de ses instincts meurtriers. Dépourvue de compassion et de sentiments, et plus dangereuse que les criminels qu'elle traque, Mallory franchit toutes les limites et utilise n'importe quel moyen pour parvenir à résoudre ses enquêtes.
Vue dans : Meurtres à Gramercy Park de Carol O'Connell

Helen West
Procureur de la couronne à Londres, en charge des crimes sexuels, Helen West est déterminée et intuitive. Accompagnée de Rose, sa secrétaire et amie, et de Geoffrey Bailey, son fiancé, flic de son état, elle se lance dans des enquêtes qui toujours mêlent vie privée et vie professionnelle, la contraignant à s'investir davantage auprès des victimes qu'elle ne le souhaitait à l'origine. Contrairement aux trois précédentes, Helen West est européenne. Elle évolue dans un environnement british où la richesse est plus humaine que monétaire, et les meurtres portés par les faiblesses d'hommes en proie aux frustrations d'un quotidien banal et désœuvré.
Vue dans : Apparences trompeuses de Frances Fyfield


Cet article de Sophie Mouton a été publié dans le numéro 4 de la revue Trente Trois Tours [site], nous tenons à remercier l'une comme l'autre.
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