En 1935, le grand philosophe japonais Watsuji Tetsurô publie Fûdo, un texte d’avant-garde qui met au centre de la réflexion géographique, le milieu humain. Il montre comment nos façons de vivre, de la construction de la maison à l’habillement en passant par l’alimentation, est régie par le milieu dans un rapport d’espace et de temps, de médiance et d’historicité.
Plus de 90 ans plus tard, dans un monde bouleversé par le changement climatique, la notion de milieu humain n’a jamais été aussi perceptible. Nous le voyons ces dernières années avec les feux de forêts et les inondations de plus en plus fréquents et leurs conséquences : les destructions de l’habitat, les évacuations, la solidarité au cœur des territoires touchés, la nostalgie des paysages disparus. Nous nous rendons alors compte à quel point nous sommes attachés à un environnement proche qui nous a construit dans notre chair et dans notre pensée.
Ces drames climatiques peuvent faire infléchir notre réflexion vers une géographie sensible et vers des concepts comme l’écoumène (A. Berque). C'est également tout un réenchantement cartographique qui est mobilisé par les chercheurs avec de nouvelles projections ou des réflexions sur les globes (Un globe, des mondes, Spherographia, Autrement). La géographie comme discipline scientifique vivante accompagnée d’une science cartographique en constante évolution apportent ainsi des clefs de compréhensions et des solutions pour nos « mondes à venir » (A. Berque, D. Deville, édition de l'Atelier).