Dans l’imaginaire collectif, le sabotage se trouve écartelé entre des images de destructions hollywoodiennes, tel que les actes de la résistance pendant la guerre, ou à l’inverse comme un moyen de lutte qui flirte avec le terrorisme, notamment lorsqu’il vise des grands groupes. Loin de ces images d'Epinal, le sabotage constitue un moyen de lutte à part entière, unique, dont l’origine remonte au début du XXe siècle, et qui se perpétue toujours dans notre présent, sans d’ailleurs avoir nécessairement recours à la violence, loin s’en faut. L’urgence climatique, la montée des fascismes ou encore le creusement des inégalités sociales, donnent à cette tactique de lutte, un second souffle.
Plus qu’un simple acte de dégradation ou de destruction, le sabotage interroge la capacité d’un individu ou d’un groupe à se faire entendre face à des figures et des structures d’autorité parfois sourdes à des revendications urgentes. Que ce soit au travers d’une approche historique minutieuse, comme le propose Dominique Pinsolle avec son ouvrage, Quand les travailleurs sabotaient : France, Etats-Unis (1897-1918). Ou encore avec un point de vue plus politique et militant avec le livre d’Andreas Malm, Comment saboter un pipeline. Sans oublier les textes de théoriciens du sabotage comme Émile Pouget, ou bien le récit de certains acteurs l’ayant pratiqué, comme Bob Maloubier dans le témoignage qu’il donne dans Agent secret de Churchill. En somme, notre sélection se veut diverse et aborde les facettes multiples du sabotage.