Après avoir écrit plusieurs articles dans Le Monde pour dénoncer les stratégies militaires américaines dans la guerre du Vietnam, il publie en 1976 un ouvrage majeur qui va bouleverser sa discipline. Avec le titre La géographie, ça sert d’abord à faire la guerre (La Découverte, 2014) , Yves Lacoste “fustige la géographie des professeurs apparue au XIXe siècle” (La Découverte, 2014) représentée par le “père” de la géographie française Paul Vidal de La Blache. En faisant le lien entre géographie et politique, Yves Lacoste choque nombre de ses collègues. Il “aimait rappeler que les géographes ont longtemps été les conseillers indispensables à l’exercice du pouvoir, explorateurs aventureux, traceurs de frontières, observateurs de territoires à conquérir et à exploiter” (Béatrice Giblin, Revue Hérodote n°200-201, Hommage à Yves Lacoste, 50 ans de géopolitique).
Il persévère dans ce sens en lançant la même année 1976 sur les conseils de l’éditeur François Maspero la Revue Hérodote qui prend comme sous-titre en 1982 “revue de géographie et de géopolitique”. Il remet ainsi en avant le terme de géopolitique dans un cadre de la recherche scientifique. Yves Lacoste défend jusqu’à la fin de sa vie une conception globale de la géographie, la géographie humaine et la géographie physique étant aussi importantes l’une que l’autre. Il s’intéresse aussi beaucoup à l’étude de la nation au sein de la géopolitique avec plusieurs publications.
Yves Lacoste, à travers ce parcours atypique, a eu un rôle déterminant dans le développement de la géopolitique en France et dans l’évolution d’une géographie bien plus en prise avec les enjeux politiques et sociétaux. Son héritage avec la Revue Hérodote est immense et continue 50 ans après sa création à nourrir des réflexions au sein de la recherche.