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Sortir de la maison hantée : comment l'hystérie continue d'enfermer les femmes

Auteur : Pauline Chanu

Un coup de coeur de Isabelle P.

Pauline Chanu signe un livre subtil, riche et passionnant sur la mise au pas des femmes par le silence grâce à ce simple mot: hystérique.

Balancé comme une plaisanterie, jeté à la figure comme une insulte ou, pire, apposé comme un diagnostic, le terme d’hystérique n’en finit pas de coller à la peau des femmes même encore aujourd’hui. Pourtant il est bon de rappeler que ce terme n’a à proprement parler aucune réalité médicale. Alors pourquoi a-t-il encore autant voix au chapitre  ? 

Au cours d’une enquête menée pour l’émission LSD de France Culture, la documentariste Pauline Chanu cherche ce que revêt ce mot d’hystérique. 

Une étymologie tout d’abord qui fait découler le mot du terme grec désignant la matrice, l’utérus: Hippocrate ou encore Platon ont pu associer les maux des femmes à leur utérus “baladeur”, qu’il faut déjà tenter de maîtriser pour soigner. 

Une préoccupation obsessionnelle, voire un acharnement maladif des hommes et spécifiquement de la médecine pour le corps des femmes alors même qu’il est encore mal connu de nos jours comme le démontre par exemple les méconnaissances entourant l’endométriose. 

Un moyen coercitif qui prive les femmes de parole, une silenciation des violences physiques et psychiques. L’hystérique serait un corps qui résiste quand la voix ne parvient pas à trouver une écoute. Freud lui même avait constaté que les personnes souffrant de ce que l’on nommait hystérie (son frère notamment) avaient vécu des manipulations ou des agressions sexuelles ayant certainement conduit à un choc refoulé; mais finalement, face au nombre gigantesque de violences intrafamiliales qu’impliquait son hypothèse, il renoncera au caractère réel de ces abus souvent incestuels pour les transformer a minima en fantasme. Et pourtant…

Comment ne pas voir dans ce livre l’ampleur de la maltraitance que subissent les femmes depuis des siècles. Comment ne pas ressentir un choc à la lecture de certaines vies. Comment accepter qu’aujourd’hui, avec toutes les avancées de la science, de la médecine, des sciences sociales, ce terme puisse continuer de discréditer, d’abîmer, d’étouffer au sein de la sphère privée mais aussi dans des cours de justice. Comme le Sorcières de Mona Chollet, Pauline Chanu apporte sa pierre à l’édifice d’une histoire des femmes complexe et libérée de ses zones d’ombres.
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Résumé

Mêlant des entretiens avec des avocats, des philosophes ou encore des psychanalystes à des archives d'hôpitaux psychiatriques ainsi qu'à des extraits de romans ou de poèmes, l'auteure met en évidence la force stigmatisante et disqualifiante de l'adjectif hystérique depuis son apparition. ©Electre 2026

Sortir de la maison hantée

« Comme si avant la folie d'une femme, il n'y avait pas la violence d'un père, d'un mari ou d'un médecin. »

L'hystérie n'est-elle qu'une fiction du passé ? On l'associe généralement à un diagnostic obsolète, né de l'esprit d'hommes de la fin du XIXe siècle et resté figé dans les mémoires par les photographies de femmes en train de faire l'arc de cercle, pieds et mains au sol, les yeux révulsés. Supprimée des classifications psychiatriques, l'hystérie est supposée avoir aussi disparu du vocabulaire juridique. Le terme peut même nous faire sourire tant son caractère misogyne relève aujourd'hui de l'évidence.

Et pourtant, l'hystérie continue de nous hanter. Elle est toujours présente dans les cabinets des médecins, les couloirs des hôpitaux psychiatriques, au sein des cours de justice, des commissariats de police, dans nos familles et nos imaginaires. Si ce signifiant flottant se terre parfois sous d'autres noms, il s'agit toujours de faire des femmes des folles pour cacher les violences dont elles sont réellement victimes.

Car l'hystérie ne tombe pas du ciel : pour qu'il y ait « hystérisation », il faut d'abord des « hystériseurs ».

À partir de rencontres avec des femmes psychiatrisées, d'affaires contemporaines, d'entretiens avec des historien·nes, des avocat·es, des médecins, d'archives d'hôpitaux, de témoignages laissés par des autrices internées, Pauline Chanu exhume la voix des femmes enfouies sous les diagnostics et nous invite à laisser parler les fantômes. Celles-ci nous montrent la porte de sortie de la maison hantée.

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Fiche Technique

Paru le : 16/10/2025

Thématique : Sociologie du genre et de la sexualité

Auteur(s) : Auteur : Pauline Chanu

Éditeur(s) : La Découverte

Collection(s) : Cahiers libres

Série(s) : Non précisé.

ISBN : 978-2-348-08406-5

EAN13 : 9782348084065

Reliure : Broché

Pages : 361

Hauteur: 21.0 cm / Largeur 15.0 cm


Épaisseur: 2.7 cm

Poids: 364 g