Un coup de coeur de Lucie
Proche des récits prophétiques — ce que l’on devine aux noms des protagonistes — Viens Élie fait entendre une tension fondamentale entre l’appel et la réticence. Cette tension innerve tout le texte et se ressent avec force dans l’écriture de Jonas Sollberger, une écriture en rythme et en souffle, qui fait vibrer plusieurs voix : la voix intérieure d’Élie, tiraillée entre l’angoisse de la perte et celle de l’avenir, et cette autre voix, plus obscure, qui l’appelle dans la nuit et l’arrache au connu.
Au cœur de ce court roman se déploient des désirs profondément contradictoires : le désir de s’affranchir des lois, d’éprouver la liberté du corps ; la peur du gouffre de l’avenir ; et, en regard, l’attirance pour le refuge familial, pour l’amour protecteur de la mère et de la sœur, pour ce qui retient encore.
Viens Élie parle de cette déchirure intime entre partir et rester, répondre à l’appel ou se taire. Comme une voix dans la nuit, Jonas Sollberger nous invite à marcher aux côtés d’Élie, à ralentir, à écouter l’invisible — et à reconnaître, peut-être, nos propres hésitations au seuil du départ.