Un coup de coeur de Enora
Qu’est-ce que la psychanalyse peut apporter sur la question du masculinisme ?
Joseph Agostini, psychologue clinicien et psychanalyste, a décidé de s’attaquer à une mouvance qui n’est pas aussi récente que l’on ne pense. C’est d’abord au gré des séances avec ses patients que la question lui est venue : plusieurs hommes, jeunes ou moins jeunes, se définissent comme masculinistes et revendiquent une virilité forte. Mais d’où vient ce besoin de supériorité, d'asseoir son autorité sur l’autre ?
Le psychanalyste décortique ces personnalités qui se revendiquent surpuissantes et détentrices de la vérité sur le monde, spécifiquement sur les femmes et l’argent. Ce qui les différencie du reste de la population, c’est la « red pill ». Cette métaphore, très véhiculée dans la sphère masculiniste, renvoie au film Matrix dans lequel Neo doit faire un choix : accéder à la vérité ou rester dans l’ignorance.
L’auteur analyse le masculiniste dès la naissance. Il dépeint le lien entre l’enfant et sa mère, menant à l’identification du fils à ses parents. L’identification, selon Freud, passe d’abord par la mère ; puis, une fois que l'enfant grandit et remarque que les codes diffèrent en fonction des sexes, il s'identifie au père. Mais une identification trop forte ou trop soudaine peut dériver vers des pulsions, vers un narcissisme exacerbé.
Enfin, Joseph Agostini dépeint les dérives et les conséquences de ces mouvements antiféministes, notamment l’impact sur les incels, ces hommes qui se considèrent comme « célibataires involontaires » et exclus par les femmes. Ces derniers suivent des influenceurs tels que Le Raptor, Alex Hitchens ou encore Papacito, qui leur donnent la marche à suivre pour être un « vrai homme ».
Cet essai approfondit le portrait de ces hommes qui exercent une domination symbolique sur l’autre pour se définir. Il étaye leurs liens avec la politique, les femmes, leur mère ou encore l’argent.
Un constat indispensable quand on sait qu'en 2024, 37 % des hommes se sentaient menacés par le féminisme et jugeaient que les évolutions de ce genre allaient trop loin.