Un coup de coeur de Hugo T.
« Là-haut, sur le chantier, le gang annonce que personne n’a été touché par les quelques bombes que les Johnson viennent de larguer sur nous. J’écoute ce que je viens d’enregistrer ; le sifflement des réacteurs rasant la route, la voix tranquille des chauffeurs de deux camions de l’armée, camouflés dans la verdure. Un oiseau poursuit son chant, tout près de nous, arabesque dessinée sur le fracas des bombes. Même les oiseaux sont habitués ».
En 1966, Madeleine Riffaud se rend au Nord Vietnam alors sous le feu incessant des Etats-Unis du président Lyndon B. Johnson. Avec un carnet, un enregistreur vocal et un appareil photo, elle capture des instants, des visages, des paroles, qui disent beaucoup sur l’acte de résister, sur la vie sous les bombes d’une armée plus puissante. Elle-même résistante durant la Seconde Guerre mondiale, Madeleine Riffaud est impressionnée par le courage, la solidarité et l’incroyable combativité de cette population qui trouvent mille et une astuces pour résister, pour s’adapter au danger, pour continuer à développer leurs idéaux socialistes et communistes.
Parsemé de poèmes, de jeux, d’extraits de manuels, ce témoignage, paru pour la première fois en 1967, évoque la vie quotidienne dans son sens le plus large et transporte réellement le lecteur au cœur de cette population remarquable. Les nombreuses photographies sont bouleversantes par l’humanisme qui y transparaît. Elles montrent tantôt la reconstruction d’un pont bombardé, la défense contre l’aviation américaine par les DCA, des aviateurs américains faits prisonniers, des enfants allant malgré tout à l’école portant des chapeaux anti-éclats en paddy tressé ou encore les travaux champêtres pour nourrir la population.
Tout au long de ce témoignage, on découvre toute l’humanité de Madeleine Riffaud, infirmière, poète, journaliste engagée, ouvriériste et fervente anticolonialiste, qui a alors déjà couvert la guerre d’Algérie en 1952 et a survécu à un attentat de l’OAS en 1962. Madeleine Riffaud décrit avec précision les effets des bombardements sur la population à travers les différents types de bombes utilisées : bombe dite “ananas” qui “explose au ras du sol, criblant les victimes d’une multitude d’éclats” ; bombe dites “goyave” projetant des dizaines de milliers de billes. Elle décrit également l’utilisation du napalm.
À l’heure où le droit international est bafoué de toutes parts, Madeleine Riffaud nous rappelle qu’aucune guerre ne peut justifier de cibler des populations civiles quels que soient les belligérants impliqués.