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Camille Charvet - Les assoiffés

Une exploration clinique, philosophique et humaine des mécanismes de la dépendance.
Publié le 21/05/2026
Dans le cadre des conférences ECHO organisées par Cap Sciences, Camille Charvet vous présente son ouvrage "Les assoiffés" aux éditions Grasset. Entretien avec Raphaël Dupin.
Camille Charvet, psychiatre et addictologue, croise son expérience clinique à l'hôpital Marmottan avec sa formation littéraire et philosophique pour proposer une vision globale et poreuse des troubles psychiques. L'addiction se définit par une perte de contrôle face à un produit ou un comportement, entraînant des conséquences néfastes sur la vie sociale, amoureuse et professionnelle, rythmée par la tolérance et le sevrage. En addictologie, l'absence de protocoles figés impose une grande inventivité thérapeutique, chaque trajectoire de guérison restant singulière.

L'ouvrage déconstruit l'idée reçue selon laquelle l'addiction repose uniquement sur la recherche du plaisir. En réalité, le plaisir devient vite marginal, cédaant la place à une consommation visant à éviter le manque. Sur le plan physiologique, le circuit de la récompense est détourné : il ne gère pas le plaisir, mais le renforcement d'un comportement indispensable à la survie (le wanting).

L'addiction s'ancre profondément dans l'environnement social. L'anxiété sociale pousse de nombreuses personnes à utiliser des substances comme l'alcool ou la cocaïne comme facilitateurs relationnels, avant que la surcharge dopaminergique ne bascule dans l'isolement et la paranoïa. À l'adolescence, période de vulnérabilité liée à la maturation cérébrale, l'absence de rites initiatiques encadrés favorise l'installation de ces comportements transitoires. L'addiction agit alors comme un abri identitaire pour pallier un défaut d'assise narcissique (le concept du « miroir brisé » de Claude Olivenstein) ou comme une stratégie d'automédication face à des douleurs psychiques ou des pathologies masquées (bipolarité, schizophrénie).

Enfin, notre époque contemporaine, marquée par la disparition des temps morts et de l'ennui au profit de stimulations numériques constantes, réduit le « mode par défaut » cérébral, essentiel à l'introspection. Si les traumatismes infantiles restent des facteurs environnementaux majeurs, l'épigénétique démontre aussi la transmission biologique transgénérationnelle du stress. Face à cette pathologie du lien, la relation médecin-patient devient un espace d'ajustement mutuel, une véritable danse où le lien thérapeutique lui-même devient le moteur de la guérison.
Bibliographie