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Guy Briole - Radicalité de la haine, c'est toi ou moi !

Face à l'impasse de la haine, la dialectique s'efface pour laisser place à une exclusion radicale : c'est toi ou moi.
Publié le 26/01/2026
En partenariat avec l'Association de la Cause Freudienne, Guy Briole présente "Radicalité de la haine, c'est toi ou moi". Entretien avec Pénélope Fay.
Guy Briole explore la haine non comme un simple sentiment, mais comme une passion implacable qui refuse tout compromis. Contrairement à l'amour qui unifie, la haine sépare et exclut. Elle ne cherche pas de terrain d'entente ; elle suppose que l'existence de l'un est incompatible avec celle de l'autre. Cette radicalité s'enracine dans ce que Jacques Lacan nomme la jouissance de l'autre : nous haïssons chez l'étranger ce qu'il semble posséder de plus intime, ce mode de vie ou de plaisir qui nous échappe et semble nous priver du nôtre. C'est là que se loge la racine du racisme et des ségrégations contemporaines.

L'auteur distingue soigneusement la haine de l'agressivité. Si l'agressivité relève de la rivalité imaginaire (vouloir la place de l'autre), la haine vise l'être même. En s'appuyant sur Sigmund Freud, Guy Briole rappelle que la haine est une réaction primordiale du moi qui rejette hors de lui tout ce qui lui semble étranger ou mauvais. Cette dynamique se retrouve même au cœur du lien amoureux à travers le néologisme de hainamoration, soulignant que l'on ne peut aimer sans rencontrer l'insupportable altérité du partenaire.

Le propos s'assombrit lors de l'évocation de la guerre, moment où la haine touche au réel du corps. Guy Briole illustre cette horreur par des exemples cliniques et littéraires marquants. Il cite l'acharnement sur la chair d'un colonel au Cambodge cherchant à voir sa propre haine reflétée dans le visage de sa victime, ou encore la fascination de Marguerite Duras devant l'agonie d'une mouche dans son livre "Écrire". Ces récits montrent comment la haine déshumanise l'autre pour le réduire à un déchet.

Enfin, l'intervention se tourne vers l'éthique d'Emmanuel Lévinas et la question du visage. Le visage d'autrui est ce qui, par sa vulnérabilité, interdit de tuer. Guy Briole conclut que si l'analyse ne débarrasse pas totalement le sujet de ses pulsions, elle lui permet de ne plus être dupe de sa haine.
Bibliographie