Chargement...
Chargement...

Victorien Bornéat- L'exclusion culturelle : manifeste pour une riposte populaire

Repensez les fondements de nos politiques publiques pour faire de l'art un véritable terrain de rencontre et d'émancipation collective.
Publié le 28/05/2026
Victorien Bornéat vous présente son ouvrage "L'exclusion culturelle : manifeste pour une riposte populaire" aux éditions Faubourg Fondation Jean-Jaurès.
S'appuyant sur les données statistiques et sociologiques du ministère de la Culture, Victorien Bornéat dresse le bilan de la démocratisation culturelle en France. Si cette politique a permis de bâtir des infrastructures sur tout le territoire, elle n'a pas réussi à combler les inégalités d'accès aux arts dits savants. Les classes populaires restent largement exclues des musées, des opéras et des théâtres.

Selon l'auteur, l'échec était inscrit dans la doctrine originelle d'André Malraux. Ce modèle visait à unifier la nation autour de chefs-d'œuvre universels, reléguant au second plan les pratiques amateurs et les cultures régionales. De plus, la théorie du choc esthétique immédiat omettait une réalité démontrée plus tard par Pierre Bourdieu : l'accès aux œuvres exige la possession de codes de décryptage, tant pour l'art lui-même que pour les institutions qui le logent. Évoquant son propre parcours issu de la classe ouvrière, Victorien Bornéat illustre ce sentiment d'illégitimité face aux codes culturels dominants.

Pour répondre à cette crise, l'ouvrage propose de bâtir un « Nouveau populaire ». L'objectif n'est pas d'enfermer les classes populaires dans un registre précis, ni de les sommer d'adhérer à la culture légitime, mais de créer un espace d'hybridation et de réciprocité. La performance d'Aya Nakamura aux Jeux Olympiques de Paris, mêlant ses propres titres aux œuvres de Charles Aznavour avec la Garde républicaine, incarne cette chute des frontières symboliques.

L'auteur appelle à revoir les critères de subvention de l'État. Aujourd'hui, l'évaluation repose sur une « exigence artistique » implicite qui valorise l'hermétisme, le rejet de l'émotion ou l'autoréférentialité. Modifier ces grilles permettrait de valoriser des œuvres intelligibles par tous. Face à la distinction entre les profils mobiles (« partout ») et ancrés (« quelque part »), il plaide pour une culture située, connectée à la réalité géographique et sociale des territoires, à rebours de festivals déconnectés de leur population locale.

Enfin, l'ouvrage alerte sur les nouvelles formes de censure économique et politique, ainsi que sur l'influence grandissante du mécénat privé des grands groupes, qui risque de marginaliser les créations contestataires. Face à l'appropriation du terme « populaire » par l'extrême droite dans une vision restrictive et marchande, le manifeste propose une alternative ouverte sur l'altérité.
Bibliographie