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Poésie de la pensée

Auteur : George Steiner

Paru le : 27/10/2011
Éditeur(s) : Gallimard
Série(s) : Non précisé.
Collection(s) : NRF Essais
Contributeur(s) : Traducteur : Pierre-Emmanuel Dauzat

Un coup de coeur de Mollat

À l'image de ses nombreux écrits publiés depuis près de 40 ans, George Steiner a toujours eu l'habitude de mêler la philosophie la plus rigoureuse à la littérature la plus imaginative, la conscience européenne la plus actuelle à l'histoire des idées et des langues.
Foisonnant de références et de citations mais limpide dans son approche et le ton adopté, ce dernier essai témoigne à nouveau d'une réflexion qui sait embrasser les cultures et dépasser les clivages trop souvent opérés entre les genres. Comme son titre l'indique, « poésie de la pensée » pourrait définir le projet d'ensemble de l'œuvre de George Steiner qui se promène allègrement entre les disciplines, les marie avec plaisir et une déconcertante facilité afin de démontrer inlassablement la connivence entre ces deux « actes de langages », leurs connexions et le décloisonnement qu'il nous faudrait adopter afin d'ouvrir le champ de la réflexion.

George Steiner entend réactiver le dialogue entre poésie et philosophie en montrant que cette séparation est une « querelle âpre et fraternelle » dépassée. Nombre des exemples pris parmi les plus prestigieux « littérateurs » et « spéculateurs » corroborent la thèse de cet érudit opérant un parcours chronologique qui traduit la méthode de l'enseignant Steiner. Il remonte ainsi du « miracle grec » du VIe - V e siècle avant J.-C. avec les premiers fascinants philosophes-poètes parmi lesquels Héraclite, Parménide, Empédocle, Platon (« suprême écrivain » avant d'être considéré par Steiner comme unique philosophe) sans oublier le Latin Lucrèce qui marque déjà l'apogée de cette alliance féconde pour les siècles à venir. Leurs lectures influencèrent aussi bien Dante dans l'Italie de la Renaissance, Hölderlin dans l'Allemagne romantique du XIXème, ou encore le poète américain Ezra Pound au XXème ! L'époque contemporaine est encore riche de cet entremêlement fécond de la philosophie et de la littérature : n'oublions pas que Nietzsche fut un philosophe qui composa des poèmes, que le poète Paul Valéry pour qui « Le Songe est savoir » (Le Cimetière marin), se nourrit des sciences et de la philosophie de Descartes pour inventer avec le personnage de Monsieur Teste le modèle de l'intellectuel qui tente de « penser la pensée ». A lire George Steiner, on est convaincu que l'exercice philosophique a toujours été inséparable de l'inspiration artistique, et que cette connivence demeure l'une des raisons de leur reconnaissance parmi les classiques : que serait Beckett sans Schopenhauer, ou Balzac sans Marx ? Parallèlement, qu'aurait été la Phénoménologie de l'esprit de Hegel sans l'influence de Shakespeare, Defoe et Cervantès ; ou encore l'élaboration du Tractatus de Wittgenstein sans la poésie de William Blake et de Rimbaud ? C'est à partir de Bergson, philosophe lauréat du prix Nobel de littérature en 1927 que George Steiner situe la compatibilité de la pratique de la philosophie avec l'activité de l'écrivain : à la suite de Valéry, le philosophe Alain affirma en 1953, que « toute pensée commence par un poème », et Sartre révéla en 1965 qu'il avait dans sa jeunesse souhaité être à la fois « Spinoza et Stendhal ». La frontière est désormais devenue de plus en plus poreuse pour des philosophes passionnés par les secrets de la création tels Gilles Deleuze, Michel Foucault, Jacques Derrida, et des poètes de notre époque sont en outre de brillants penseurs : G. Steiner cite Yves Bonnefoy, mais oublie Michel Deguy qui associe au plus haut degré pensée de la poétique et poétique de la pensée tant dans ses essais que dans ses recueils. Le panorama se boucle néanmoins au XXe siècle avec de superbes pages sur le poète juif Paul Celan et les échos pour Steiner autour de sa rencontre (réelle ? intellectuelle ?) avec le philosophe pro-nazi Heidegger. Ce « silence qui n'en finit pas de signifier » conclut brillamment l'essai sur l'indécidable mystère de l'œuvre (philosophique, poétique) et confirme que, si toute pensée apparaît sans conteste comme un art à part entière, George Steiner peut lui-même se ranger du côté des plus « stylés » et littéraire des philosophes/poètes de son temps.
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Résumé

Cet essai s'interroge sur l'influence du contexte linguistique et culturel dans l'élaboration de la pensée philosophique, examinant plus attentivement l'engendrement des textes via des outils et des modes littéraires. ©Electre 2017

Quatrième de couverture

George Steiner Poésie de la pensée Les praticiens l'ont toujours su. Dans toute philosophie, concédait Sartre, il y a « une prose littéraire cachée ». Ce qu'on a moins élucidé, c'est la pression formatrice incessante des formes du discours, du style, sur les programmes philosophiques et métaphysiques. À quels égards une proposition philosophique, même dans la nudité de la logique de Frege, est-elle une rhétorique ? Peut-on dissocier un système cognitif ou épistémologique de ses conventions stylistiques, des genres d'expression qui prévalent ou sont contestés à l'époque ou dans le milieu qui sont les siens ? Dans quelle mesure les métaphysiques de Descartes, Spinoza ou Leibniz sont-elles conditionnées par les éléments constituants et l'autorité sous-jacente d'une latinité partiellement artificielle au sein de l'Europe moderne ? Quand tels Nietzsche et Heidegger, le philosophe entreprend d'assembler une langue nouvelle, son idiolecte propre à son dessein est lui-même saturé par le contexte oratoire, familier ou esthétique. L'association étroite de la musique et de la poésie est un lieu commun, toutes deux partageant les catégories du rythme, du phrasé, de la cadence, de la sonorité, de l'intonation et de la mesure. « La musique de la poésie » est exactement cela. Y aurait-il, en un sens apparenté, « une poésie, une musique de la pensée » plus profonde que celle qui s'attaque aux usages extérieurs de la langue, au style ? Ces aspects de la « stylisation » de certains textes philosophiques, de l'engendrement de ces textes via des outils et des modes littéraires, George Steiner nous les restitue dans son souci d'« écouter plus attentivement ».

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Fiche Technique

Paru le : 27/10/2011

Thématique : Essais et théories - Dictionnaire

Auteur(s) : Auteur : George Steiner

Éditeur(s) : Gallimard

Collection(s) : NRF Essais

Série(s) : Non précisé.

ISBN : 2-07-013407-5

EAN13 : 9782070134076

Format : Non précisé.

Reliure : Broché

Pages : 283

Hauteur : 21 cm / Largeur : 14 cm

Épaisseur : 2,1 cm

Poids : 307 g