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Hubert Selby Jr, last exit...

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Publié le 27/04/2004
Hubert selby Jr, l'auteur de Last Exit to Brooklyn est mort lundi à los Angeles, il avait 75 ans.

Condamné depuis 58 ans, Hubert Selby Jr est mort lundi 26 avril à Los Angeles, finalement emporté par la maladie pulmonaire dont il souffrait depuis l'âge de dix huit ans et qui lui coûta douze côtes et un poumon. La littérature doit beaucoup à cette tuberculose qui fit d'un athlétique marin, engagé à 15 ans, le contempteur infatigable de l'Amérique aveugle et triomphante. Tubard, donné trois fois pour mort, il a trouvé son salut dans l'écriture après une adolescence passée d'hôpitaux en sanatoriums. Se croyant condamné à brève échéance : « je suis devenu obsédé par l'idée de faire quelque chose de ma vie avant d'en finir. Je connaissais l'alphabet. Peut-être bien que je pouvais devenir écrivain ».

Six ans après ce constat, il publie Last exit to Brooklyn , son livre le plus connu à ce jour, recueil de six histoires vues comme autant de naufrages. Un mari perdu, un travesti, une prostituée, le peuple de Brooklyn est aussi désespéré que désespérant. Noire, si noire est la morale (ou l'absence de morale) de Selby que la critique américaine inventera pour lui un néologisme : « sordidisme ». Succès critique, public et médiatique : l'ouvrage fera tant scandale qu'il se verra interdit de publication au Royaume-Uni, Last Exit.. sera suivi de trois ouvrages qui iront plus loin encore dans la noirceur : La Geôle ,1972 ; Le Démon , 1976 et Requiem for a Dream (Retour à Brooklyn) publié en 1978. Dans ces trois titres, on retrouve sous différentes incarnations une alter-ego de Selby, un personnage du nom de Harry qui tente à chaque apparition de régler définitivement son compte au rêve américain, en vain. Après le triomphe de Last exit... Selby connaît l'échec avec ses livres suivants.

En 1983 paraît Chanson de la neige silencieuse , ouvrage de la rédemption qui laisse apparaître un Selby apaisé. Certains ont pu craindre que le climat de la Californie, où Selby avait déménagé pour des raisons de santé, et la relative aisance apportée par l'argent du cinéma (Last Exit to Brooklin et Requiem for a dream avait été achetés et adaptés par Hollywood) avaient eu raison de la colère du New yorkais. Un roman inédit, Waiting period qui paraîtra en France en septembre, semble prouver le contraire : Selby avait découvert George W. Bush et retrouvé l'envie de se battre.

Dans Libération de ce jour, Suzanne Selby, son épouse, raconte que son époux travaillait cinq heures par jour et laissait chaque soir une phrase en suspens qu'il reprenait le lendemain. Mais pas ce matin.

 

Sources : Libération, Avoir-Alire.