Chargement...
Chargement...

Salon du Livre de Paris 4

156_salon-du-livre-de-paris-4
Publié le 22/03/2002
Le Salon du Livre de Paris a ouvert ses portes le vendredi 22 mars. Jusqu'au 27 mars, l'Italie en était l'hôte d'honneur. Une invitation qui aura fait couler beaucoup d'encre.

Ce Salon a bénéficié d'une publicité involontaire grâce à M. Sylvio Berlusconi, le Président du Conseil Italien. Personnalité controversée en raison de nombreux déboires avec sa justice nationale et d'un soupçon de collusion entre les intérêts nationaux et ceux du chef d'entreprises qu'il est également, M. Berlusconi avait été déclaré persona non grata à l'inauguration du Salon par la ministre française de la Culture et de la Communication, MMe Catherine Tasca.

Une fois les passions et les polémiques calmées, il est peut-être temps de se préoccuper de la raison pour laquelle l'Italie est cette année l'invité d'honneur du Salon : les livres.

Voilà un pays bien paradoxal. Alors que près de la moitié de la population italienne confesse ne jamais ouvrir un livre, l'édition italienne fait partie des plus florissantes au monde. Vitalité commerciale : où l'on voit coexister plusieurs modèles économiques, de la multinationale de communication globale (Mondadori) à la légendaire maison d'édition Feltrinelli en passant par de microstructures, issues des mouvements contestataires ; vitalité littéraire : il ne se passe pas un an sans que l'on nous annonce une nouvelle vague de jeunes auteurs italiens (cette année ce sont les jeunes cannibales passés au végétarisme) et enfin vitalité éditoriale, l'italie publiant avec l'Angleterre quelques-uns uns des plus beaux livres tant par la qualité graphique que par celle des impressions. Les auteurs italiens connaissent également le succès à l'étranger ; les Français ont certes fait un triomphe à Umberto Eco, mais comment oublier que Susana Tamaro, Daniele del Giudice, Alessandro Baricco, Claudio Magris, Eri de Luca ou plus récemment Andrea Camillieri et son commissaire Montalbano ont connu le succès en France et en Europe.

L'engagement de nombre de ces auteurs dans la vie publique et politique italienne ; le rôle de quasi-stars qu'occupent certains penseurs italiens de premier plan comme Gianni Vattimo, Umberto Eco ou Toni Negri ; l'implication de la presse italienne, spécialisée ou non dans la vie littéraire et intellectuelle ; le goût de la dispute et de la discussion sont certainement pour beaucoup dans la vitalité littéraire italienne.

Bien malgré lui, Sylvio Berlusconi a été le catalyseur de ces énergies dans le débat qui secoue la nation transalpine autour de sa personne. Les intellectuels ont pu, devant la faillite des politiques, reprendre les rênes du débat et sous l'impulsion du cinéaste Nanni Moretti, retrouver le goût du débat, de la transgression et de la polémique qui sied si bien à l'élégant esprit italien. Souhaitons que ce coup de fouet symbolique que connaît l'Italie aujourd'hui produise les belles pages de demain.