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2008 année poétique 1

Publié le 28/04/2008
Les libraires de Mollat prolongent le "Printemps de la poésie" en dénichant quelques trouvailles du moment et expriment leur enthousiasme pour des poètes qui partagent depuis longtemps leurs lectures.

Les poètes du Tango
Le tango est né en 1898 dans les bas fonds de Buenos Aires et de Montevideo. Les bordels, les bars et les lupanars crasseux sont le théâtre de ces innombrables histoires de couteaux, de trahison, de jalousie et d'amour perdu racontées dans ces chansons.
Considéré comme vulgaire car issu des classes populaires, le tango met un certain temps à toucher les franges plus élevées de la société argentine.
Gardel et Piazzola donneront leur lettres de noblesse à cet art mélangeant à la fois danse, musique et texte. Le tango est "une pensée triste qui se danse".

Adonis, Mémoire du vent
De son vrai nom : Ali Ahmad Saïd Esber, Syrien de naissance, Adonis, participe au renouveau de la poésie arabe. Son écriture en rupture avec la structure musicale traditionnelle et les régles de la poésie classique, renouvelle, émancipe, réinvente les rimes où ce n'est plus Dieu mais l'homme, les choses et l'espace qui se retrouvent au centre de la création.
Loin des frontières, il porte l'exil. Il s'invente pas à pas un pays où la patrie n'est pas un lieu et où son corps est son propre Orient. Sans attache, Adonis, s'abreuve d'horizons, capte les astres ; il livre ses pas à l'errance du soleil et son corps à la fuite du temps.

Yves Bonnefoy, La longue chaîne de l'ancre et Traité du pianiste et autres écrits anciens
Comme son sous-titre l'indique, Traité du pianiste et autres écrits anciens rassemble la réédition des premiers textes à ce jour introuvables de Yves Bonnefoy, éclairant d'un jour inédit la genèse d'une pensée en train de s'élaborer entre 1945 et 1951. L'intérêt d'un tel témoignage sur les balbutiements d'une poétique se double d'un regard critique actuel porté sur l'engagement inaugural du poète vers le surréalisme. Ces diverses ébauches De sa future œuvre sont précieuses en ce qu'elles (r)enseignent sur cette lente désillusion en la foi surréaliste, poésie encore marquée de cette tension entre une adhésion enflammée à son imaginaire créateur et la prise de conscience progressive de ses fantasmes stériles.

Quant au recueil inédit La longue chaîne de l'ancre, il peut se lire comme une métaphore du cheminement de l'artiste-pianiste qui, tel le voyageur Ulysse en quête incessante de l'Arrière-Pays (également titre d'un recueil de Bonnefoy paru en 1972, réédité par Gallimard en 1998) devra « sortir du jardin », renoncer à Ithaque afin de « donner à vivre » grâce à son encre poétique (sa « parole » comme préfère Bonnefoy) « l'audace du désir » « en mouvement » de la poésie comme « ruine de la pensée » et «dépassement du concept ».

François Cheng, A l'Orient de tout
La poésie de François Cheng nait de la sensibilité profonde des artiste chinois pour les paysages. Les élèments comme les mots s'attirent et s'entrechoquent, cherchant à forger une nouvelle harmonie.
En perpétuel dialogue avec la terre nourricière, il mêle le destin humain à celui du cosmos. Il recueille et assemble ainsi des mots et des mélodies, des lieux et des songes ; tisse un lien secret avec les choses dans une intime communion avec l'univers vivant et instaure par le poème l'éternité de l'instant.

Mahmoud Darwich, La terre nous est étroite
Mahmoud Darwich est originaire de Birwa, un village de Galilée. A sept ans, en 1948, sa fuite vers le Liban sera son premier chemin de l'exil. De retour en Palestine, se retrouvant étranger dans son pays, son deuxième exil, la poésie est alors son refuge, "sa patrie de la langue".
Elle porte son déracinement, sa résistance mais au-delà de son histoire personnelle, elle est aussi la voix de tout un peuple. Entre lyrisme intimiste et lyrisme épique, le poète chante la douleur née du tiraillement du Palestinien entre son image de héros-victime et celle de l'homme simple aspirant à une vie banale.

Michel Deguy : Grand cahier Michel Deguy
La lecture du Grand cahier consacré à un de nos plus grands poètes contemporains Michel Deguy requiert patience et disponibilité à l'écoute d'une entière dévotion à cette exigeante profession de foi : « Ecrire ; inventer ou rien ». Pourtant, cette « poéthique » fut frappée à l'origine, à en croire l'auteur lui-même, du sceau du « ratage », sorte de condition inversée de l'à-venir de l'oeuvre. Les multiples commentaires et quelquefois critiques sont suscités par les œuvres de proches amis « morts vivants » avec lesquels il entretient vivace une infinie « conversation ». A travers maintes figures invoquées (poètes, romanciers, philosophes, professeurs, traducteurs…) se dessine en filigrane une invitation à traverser la vaste « autographie » de son scripteur que seule intéresse la « pensée de la poétique, poétique de la pensée », « cette indivision, ce tissage poésie/philosophie qui trame son texte » qui est en même temps un parcours au sein des autres écritures que questionne l'auteur (peinture, musique, traduction, théâtre..) inlassable « vagabond (...) assis dans la ruine du présent ». Depuis la réédition en fin de Cahier de son premier recueil de poèmes Les Meurtrières cette « musaïque mosaïque » nous apparaît passionnée tout autant qu'essentielle car résolument tournée depuis cinquante ans, vers la mise en abyme de la (sa propre) modernité.

Emily Dickinson, Car l'adieu, c'est la nuit
Méconnue de son vivant, Emily Dickinson est aujourd'hui considérée comme l'une des plus grandes femmes poétes du XIXème siècle. Hantée par le néant, elle questionnera sans cesse la mort, la nature, l'âme, Dieu et l'existence en se substituant à ses grands thèmes de prédilection. Ses vers, d'une modernité saisissante, sont suspendus dans l'espace par de nombreux tirets et forment une sorte de constellation musicale et sémantique.

Lorand Gaspar, Sol absolu et Patmos
Chirurgien, chercheur en neuro-sciences, mais avant tout poète, Lorand Gaspar cherche la clarté et la plénitude. Son oeuvre, toujours en chemin vers l'inconnu, interroge le paysage, appelle les déserts, lutte contre le froid, se souvient de l'exil. Sa poésie est une aventure aussi lente, aussi difficile que les fouilles d'un site archélogique vers la découverte d'une terre neuve. Elle n'a pas de terme. Dans le désir d'y voir plus clair, elle recherche un passage, une lueur, un dénouement, une ouverture "dans les seins lourds de la nuit."

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