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2010, Année Chopin

Publié le 17/03/2010
Pour fêter l'anniversaire du compositeur, impossible de rester dans la demi-mesure. La folle journée de Nantes enregistre des ventes records, les librairies regorgent de biographies, et les disquaires accueillent un fonds d'enregistrements des plus précieux . Près de deux siècles après, la musique de Chopin continue de transporter mélomanes et néophytes. Enquête sur une légende du piano.
Petit rappel biographique

Patriote polonais né d'un père français, "Chopinek" (le petit Chopin) grandit dans un environnement familial aisé et pour le moins prédisposé à l'art. Ses parents, qui tiennent à Varsovie une pension réputée que fréquente l'aristocratie locale, l'initient très tôt à la musique. Le père taquine la flûte et le violon tandis que la mère et la grande sœur jouent du piano.

Chopin montre immédiatement d'incroyables dispositions pour cet instrument, et impressionne dès l'âge de huit ans l'intelligentsia des salons par ses prestations hors du commun. Ses talents d'interprète doublé d'une grande imagination poétique le poussent très rapidement à la composition. Ainsi, avec une facilité déconcertante, il enchaîne valses, polonaises, marches, avant de signer en 1829 sa première œuvre importante: le concerto en fa mineur opus 21. Chopin a 19 ans. C'est le début de la postérité.

Porté par le succès, tenté par le voyage et l'indépendance, il quitte sa famille pour Paris en 1831. S'ouvre alors à lui une ville -et une vie- à l'image de sa musique, raffinée et tumultueuse. Véritable éden artistique, la capitale va stimuler notre jeune exilé et lui inspirer très vite de magnifiques partitions : la ballade en sol mineur opus 23, le scherzo en si mineur, la fin des nocturnes et surtout ses Etudes. Si Chopin se fait d'abord connaître par ses cours de piano, qui le feront vivre tout au long de sa carrière, c'est un récital public, organisé par la firme Pleyel en 1832,  qui l'impose définitivement auprès de ses contemporains. Commencent alors des années mondaines et artistiques très fertiles, où Frédéric expérimente son art au contact de ses proches, lors de concerts privés. Véritable laboratoire musical, son piano attire des célébrités comme Franz Liszt, Mendelssohn, Eugéne Delacroix, ou encore la scandaleuse George Sand, avec qui Chopin va entretenir une relation étrange jusqu'à la fin de sa vie.

Car, pour fulgurante qu'elle est, l'ascension du compositeur est de courte durée. Guetté par la tuberculose, il devra se retirer du monde pour composer dans l'urgence, avant de s'éteindre le 17 octobre 1849, entouré de ses admirateurs. Il laisse derrière lui quelques 225 oeuvres, à redécouvrir, plus que jamais aujourd'hui, ad libitum.

Le paradoxe Chopin

Aujourd'hui encore, l'auditeur pressé relèguera la musique de Chopin aux côtés "des pleurards, des rêveurs à nacelles, des amants de la nuit, des lacs, des cascatelles" (Alfred de Musset). Autant de clichés romantiques réducteurs, d'autant plus faux que Frédéric Chopin lui-même fustigeait les écarts artistiques de ses contemporains. Bien que confrères et amis, il désapprouvait Schumann pour son exaltation sentimentale, et Liszt pour son indulgence rhétorique. Hérités de Bach et de Mozart, qu'il vénérait comme des dieux, on retrouve d'aileurs dans son style l'importance du contrepoint de l'un, et le sens du chant de l'autre. Nulle trace de pathos ou de complaisance. De l'élégance, certes, de la virtuosité, encore, mais toujours amie du rythme, de la danse, du patriotisme. Sa musique, qu'il assouplissait à l'occasion d'un délicat rubato (art d'étirer le rythme et la mesure), coulait sous ses doigts comme de l'huile, pour reprendre l'expression chère à Mozart.

Aujourd'hui encore Chopin demeure une énigme. Romantique ou classique, Français ou Polonais, ce compositeur complexe, qui a su unir la rigueur de Bach à la poésie du XIXe, n'a pas fini de séduire et de fasciner auditeurs et interprètes.

Ses interprètes

"On dit qu'il y a un son Chopin. Tous les pianistes le constatent, mais aucun n'a le même." (Maurizio Pollini) Devenu une étape incontournable du conservatoire, grand favori des salles de concert, Chopin est la cible de toutes les convoitises. combien de pianistes revendiquent leur autorité chopinienne, et se battent pour la postérité? Impossible, bien entendu, de les départager. Sans tomber dans le piège de l'exhaustivité, tentons de rendre hommage à tous ces artistes qui, depuis les débuts du phonographe, ont fait de Chopin leur pain quotidien et dont le style, aujourd'hui encore, résonne.

Alfred Cortot, qui a consacré en 1949 un ouvrage sur la technique du compositeur, les aspects de Chopin, est probablement son premier interprète discographique. "Libre, impulsif, personnel, audacieux, mais tout à la fois pertinent et intelligent" ( Murray Perahia), il est le père de beaucoup de pianistes de génie: Samson François, Dinu Lipatti, Clara Haskill... Ses enregistrements ont été édités par EMI dans les années 40, mais ne sont aujourd'hui que partiellement disponibles à travers un coffret Cortot de 7 cd.

Samson François
L'autre géant de Chopin; imprévisible, parfois irrégulier, sa virtuosité repose sur un style très expressif et plein de poésie, et sa liberté de jeu (à l'instar d'un Gulda) fait toujours l'unanimité. Poussé par Cortot lui même, Samson suis les cours D'yvonne Lefébure à l'école normale de Musique de Paris, avant d'intégrer le conservatoire dans la classe de Marguerite Long. Cette formation "à la française" lui vaut très tôt tous les honneurs, et c'est sur un répertoire tout aussi français que Samson s'illustre dans les années 50-60: Chopin, dont il grava quasiment l'intégrale, mais aussi Ravel et debussy. A écouter: Samson François, the Chopin recordings, coffret 10 cd, chez EMI, collection Icon.
Artur Rubinstein
Compatriote de Chopin, s'est probablement le nom de pianiste qu'on associe le plus facilement au compositeur. Immense concertiste (il donnait encore des concerts à l'âge de 90 ans), il est magistral dans le concerto romantique. Plus encore que Schumann, Ravel ou Debussy, c'est dans le répertoire de Chopin que Rubinstein s'est illustré. Ses enregistrements, aujourd'hui mythiques, sont disponibles chez RCA. Pour les collectionneurs, un coffret 5 cd vient d'être édité par EMI dans la collection Icon.

Maurizio Pollini
Pianiste italien né en 1942, élève de Benedetti Michelangeli, Pollini représente sans aucun doute la classe italienne. Avec son exceptionnelle technique, son sens du rythme et l'extraordinaire musicalité de son jeu, il était tout naturel qu'il se tourne vers Chopin. Son enregistrement des Etudes, en 1971, est couronné de quatre prix internationaux. Même accueil, cinq ans plus tard, pour ses préludes ainsi que pour ses sonates, en 1985. Après avoir joué beaucoup de romantiques à travers le monde, Pollini revient à Chopin en 1999 avec ses Ballades, puis en 2006 avec Le cycle complet des nocturnes. Tous ces disques, disponibles chez Deutsche Grammophon, sont d'immenses références.

Martha Argerich
Enfant prodige de Buenos Aires, elle remporte en 1965 le Prix Chopin de Varsovie et demeure pour beaucoup la plus grande virtuose de sa génération. Le journaliste Olivier Bellamy, grand fan de la dame, vient de lui rendre hommage à travers une belle biographie: L'enfant et les sortilèges, paru chez Buchet Chastel en février 2010. A écouter: tous ses enregistrements chez EMI, ainsi qu'un récital Chopin inédit, exhumé cette année par Deutsche Grammophon.

Citons également, Claudio Arrau, Vladimir Ashkenazy, Nelson freire, Krystian Zimermam, Hélène Grimaud, Alexandre Tharaud, qui ont tous fait un travail remarquable autour de la musique de Frédéric Chopin. Leurs enregistrements, tous de belle facture, sont largement disponibles. Pour avoir une vue d'ensemble, mentionnons pour finir une très belle intégrale de 17 cd, éditée cette année par Deutsche Grammophon et recensant la crème des artistes "maison".

Et surtout, n'hésitez pas à venir en discuter avec nos disquaires, ils se feront un plaisir d'évoquer avec vous les grandes œuvres du maître !

Iris

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