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Alain Robbe-Grillet 1

Publié le 20/02/2008
L'auteur des Gommes est décédé à l'âge de 85 ans. Retour sur une oeuvre qui, en quelques volumes à peine, a changé la littérature contemporaine.

Académicien rebelle, monomane érotique, écrivain culte - mais peu lu, cinéaste obsessionnel, agronome, pape du nouveau roman, Alain Robbe-Grillet a vécu mille vies en une.

C'est une figure essentielle de la littérature du XXe siècle qui disparaît. Alain Robbe-Grillet, né à Brest en 1922, est décédé dans la nuit du dimanche 17 au lundi 18 février 2008 à Caen, des suites de graves problèmes cardiaques.

Il a longtemps fait partie de ces écrivains dont on parle mais qu'on ne lit pas, du moins en France. Unanimement célébré dans de nombreuses universités étrangères, notamment américaines, pour ses apports formels et théoriques à la littérature et sa contribution au Nouveau Roman, l'auteur des Gommes avait connu une longue éclipse française, entamée à la fin des années 70 et achevée par la publication de La Reprise en 2004, « autobiographie fantasmatique » qui achevait un cycle débuté avec Le miroir qui revient.

Robbe-Grillet s'est révélé avec Les Gommes, son premier roman paru en 1953 aux bons soins des jeunes éditions de Minuit, dirigées par Jérôme Lindon. Le Voyeur, paru en 1955 obtient le prix des critiques et déclenche une vive polémique dans la presse littéraire de l'époque, ce qui vaut au jeune auteur une renommée dépassant de loin l'étendue de son lectorat.

Agronome de formation, voyageur, Alain Robbe-Grillet semble avoir été élevé dans l'ignorance de la littérature de son temps. C'est donc nourri de culture classique et portant sa seule naïveté pour armure qu'il a fait paraître ses deux premiers romans, peu conscient, avouera-t-il ensuite d'être un révolutionnaire. C'est pourtant lui qui deviendra le théoricien du Nouveau Roman, genre disparate d'œuvres en rupture avec les traditions narratives d'alors dont les tenants, d'origines et de formations diverses, étaient essentiellement liés par leur présence au catalogue des édictions de Minuit.

Avec La Jalousie, publié en 1957, l'écrivain entame une aventure formelle et personnelle qui l'éloignera de son lectorat d'alors et lui ouvrira grand les portes des universités américaines. Son œuvre, mêlant obsessions sadomasochistes, inventions formelles, théorie en actes et en textes, films et manifestes est en effet un journal de la création littéraire de l'après seconde guerre mondiale. Un journal avec ses faiblesses, ses errements, mais aussi ses illuminations, ses coups de génie, ses interrogations, ses temps morts et ses reprises.

Ecrivain, théoricien, Alain Robbe-Grillet fut aussi cinéaste, pour le meilleur, il collabora avec Alain Resnais au scénario de L'Année dernière à Marienbad, et pour le pire - le récent C'est Gradiva qui vous appelle.

Dernière particularité qui décrit bien la saveur du bonhomme : Alain Robbe-Grillet fut élu à l'Académie française en 2004, mais ne siégea jamais. Il est en effet indispensable pour ce faire de revêtir l'habit vert et de prononcer l'éloge de son prédécesseur (Maurice Rheims). Ne voulant se plier ni à la première ni à la seconde des règles, Alain Robbe-Grillet ne sera donc pas immortel. Une dernière provocation ?

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