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Ballard se crashe

Publié le 20/04/2009
L'auteur anglais, célèbre pour ses romans de science fiction est mort d'un cancer le dimanche 19 avril.
De son roman L'Empire du soleil, paru en 1984, et de  l'expérience qu'il relatait (la captivité d'un enfant et de ses parents dans un camp japonais durant la seconde guerre mondiale), JG Ballard disait que cela lui avait permis de mesurer ce que l'être humain était capable d'accomplir. Cette expérience initiatique peut sans doute être lue en filigrane dans la quasi totalité de son œuvre.

Né à Shanghaï en 1930, James Graham Ballard est le fils d'un industriel du textile anglais, expatrié en chine. Il vit ses premières années dans la concession international de la capitale économique chinoise avant d'être – seconde guerre mondiale oblige – interné avec ses parents dans un camp de prisonnier japonais.

Rapatrié en Angleterre au sortir de la guerre, il suit des études de médecine et devient psychiatre. Après seulement deux années d'exercice, il renonce à la carrière médicale pour devenir journaliste et écrivain.

C'est en 1969 que sa carrière d'écrivain va radicalement décoller. Quittant le genre très typé de la nouvelle de science fiction, Ballard va, avec La Foire aux atrocités puis Crash, publié en 1973 entamer une des œuvres les plus remarquable de la littérature de science fiction. Délaissant les mondes imaginaires, il va donner à ses scènes littéraires l'aspect d'une normalité étrange, prompte à dévier vers le surréalisme. Délibérément morcelé et partiel, La Foire aux atrocités décrit une société dans laquelle le média est tout. La matière même du roman peut être comprise comme un vertigineux et infini zapping au travers des images du monde telles qu'elles sont portées par les ondes.

Crash et la Trilogie de béton qui suivra explore également le thème des simulacres. La chair y est torturée, l'accident devient une esthétique à part entière qui mêle sexualité, violence, humanité et technologie. Cette préfiguration angoissée d'un monde où les humains sont les auteurs de leur propre aliénation connaît un grand succès public et critique malgré une violente polémique à propos d'une prétendue fascination malsaine pour la souffrance que certains prêtent à l'auteur.

Celui-ci ne dément pas, bien au contraire et le reste de son œuvre verra ressurgir chacun des thèmes abordés dans cette poignées de romans fondateurs. On pense en particulier à sa dernière période, entamée en 2000 avec Super Cannes, où, avec un humour noir du meilleur aloi, il s'applique à pousser à bout la logique du spectacle télévisuel, des politiques xénophobes et de l'individualisme contemporain. Son dernier ouvrage est une autobiographie, parue en anglais en 2008. Elle s'intitule Miracles of Life.

J. G. Ballard est certainement l'un des rares auteurs de genre contemporains à être parvenu, mêlant recherches formelles et efficacité romanesque, à quitter le pré confiné généralement laissé par la critique aux genres mineurs. La reconnaissance que lui témoigna Jean Baudrillard, les hommages récurrents de la scène new-wave anglaise et les adaptations cinématographiques dont ses romans firent l'objet (L'Empire du Soleil filmé par Steven Spielberg, pour le succès public et Crash de David Cronenberg, pour l'aura critique) ne sont certainement pas étrangers à cet intérêt que lui porta si longtemps la critique littéraire.
Si la SF peut le remercier pour l'avoir mise sous la lumière des projecteurs, c'est  le roman tout entier qui doit lui rendre hommage pour l'acuité rare du regard qu'il posa sur le monde et la l'extra lucidité dont il fit la preuve.
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