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Ce que nous garderons de 2008 : les romans français

Publié le 29/12/2008
Au risque de l'oubli et de l'injustice, petit retour en arrière totalement subjectif et passablement lapidaire sur les livres qui nous ont marqués en 2008.
Le futur sera impitoyable avec nos choix : que restera-t-il dans dix ans des livres que nous avons aimés et conseillés. Combien continueront-ils à vivre dans le fonds, régulièrement vendus ? Pour l'heure et pour prendre date, voici et sans hiérarchie nos amis, nos amours (mais rien d'autre…). Vous y retrouverez beaucoup de ceux dont nous avons parlé sur le blog du rayon.

A tout seigneur tout honneur, notre prix littéraire dont vous avez pu suivre les aléas sur le blog qui lui était consacré, sélectionné par les libraires puis élu par un jury de lecteurs fidèles du rayon, est revenu cette année au très élégant Eric Laurrent pour son Renaissance italienne paru comme les précédents chez Minuit : on y retrouve le style ciselé de ce jeune auteur pour une histoire de renaissance amoureuse au cœur de la Toscane.
Olivier Rolin a encore fait agir son charme et son œil de tigre pour nous raconter avec un art sternien de la digression les aventures de Pertuiset, chasseur de lions : Chasseur de lions est la preuve qu'un très bon livre peut n'être pas nécessairement un roman.
Quand amoureux de la petite reine et amateurs de beau style se rencontrent, ils le font sous l'égide de Philippe Bordas qui avec ses Forcenés s'est posé en superbe remplaçant de Blondin : boueux et magnifique.
Le sous-marin le plus chaud et le plus délirant de la littérature française a été inventé par Frédéric Ciriez : Des néons sous la mer clignote de son ironie et de son art de la parodie. Un (bon) coup de maître pour débuter.
Une vraie boucherie, cette rentrée littéraire ? Bernard Janin en a pourtant tiré son steak du jeu avec ce premier roman provincial perfide : saignant pour un bleu.
La plus belle  femme du monde a enfanté le plus petit joyau de la rentrée. Avec L'exposition, Nathalie Léger a offert à la Castiglione le rôle de sa vie.
On s'est beaucoup échauffé avant de lire le dernier livre de Jean Echenoz qui nous a fait galoper comme personne : rien ne sert de Courir, il faut écrire à point. Qui le fait mieux que lui ?
Autre premier roman, Les pieds lourds signe l'entrée en fanfare d'un saltimbanque, Guy Louret, dans le monde sans pitié des écrivains : style puissant, décors terreux, une grande réussite !
La maison ne fait plus crédit, dit-il, le nôtre sera pourtant illimité envers Jean-Yves Cendrey tant qu'il écrira avec autant de verve, de hargne et de style. Sa façon de secouer l'olivier est sans équivalent…
Finaliste méritant du Prix Lavinal, Mathieu Larnaudie a droit aux lauriers les plus fournis pour son roman Strangulation, numéro de haute volée littéraire qui nous a laissés pantois d'admiration. Un auteur que l'on suivra à la trace.
Pour une fois Jacques Roubaud ne nous aura pas inquiété d'entrée. Son Parc sauvage est un récit limpide et beau dont, bien entendu, la géométrie n'est pas absente.
On l'avoue, on aime Maylis de Kerangal et depuis longtemps. Avec Corniche Kennedy, elle fait plus que confirmer son talent impressionnant pour saisir la fugacité des êtres, leur fragilité masquée de dureté. Et quelle façon de faire parler les adolescents sans tomber dans le cliché.
Jacques Bonnet a transformé son vice impuni en petit bréviaire pour rassurer les bibliomanes que nous sommes tous en passe de devenir. Des bibliothèques pleines de fantômes est le récit enlevé, moqueur et érudit de son amour accumulatif pour les livres, ces fantômes indispensables à nos vie trop « réelles »…
Le fameux second roman, celui que tout le monde attend pour…l'oublier, a permis à Jean-Pierre Ohl de nous épater en nous conduisant sur les terres d'Ecosse (mais sans les lacs…) : une intrigue au cordeau, un amour de la littérature, une rasade de beaux personnages, et le tour est joué. Les Maîtres de Glenmarkie nous comble par son romanesque inventif. Vivement le troisième !
Et pour finir un recueil de nouvelles pour lequel nous n'avons pas tari de louanges, une mine d'or d'inventions, de références, de subtilités : Contes carnivores de Bernard Quiriny est, sans conteste, le meilleur recueil de l'année : qui dira le contraire ?

Photo : Jean Echenoz   (© Jean-Luc Bertini)
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