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Des Lettres et détours (Tour de France et littérature)

Publié le 23/07/2009
Ils se sont élancés sous le soleil comme chaque année et comme chaque année nous aurons droit aux habituels reportages sur la grandeur de ce sport et sur la misère du dopage. Dernier sport tragique, le cyclisme inspire de temps à autre les écrivains qui y puisent matière à épuisement. Petit tour d'horizon à l'heure du Tour

Il n'est pas nécessaire de pratiquer la petite reine pour en narrer les beautés de sa cour ou ses turpitudes. Néanmoins avoir sué dans les côtes aide à comprendre et faire comprendre le charme puissant de ce sport terrible qu'on associe cependant à la bonne chère, au vin et à toutes sortes d'excès que l'on pourrait qualifier de « français » si on ne craignait pas d'enchaîner les clichés (mais on ne craint pas...).



Alfred Jarry est le premier grand nom qui vient à l'esprit d'autant qu'il était là au tout début, s'essayant même à courser les trains. Un petit éditeur a eu la bonne idée de réunir tous ses écrits vélocipédiques avec notamment un épisode biblique oublié, le Golgotha grimpé par Jésus lui-même. D'autres grands noms s'emparèrent de ce sujet à pédales. Qu'on songe à Maurice Leblanc et son Voici des ailes où Amour et Bicyclette forment un ménage épatant, à Jules Renard qui avouait avoir passé les plus belles années de sa vie à bicyclette, à Tristan Bernard qui dirigea deux vélodromes, à Jean Richepin qui aimait qu'on admire dans Paris le maillot de sport d'un orange éclatant qu'il portait sur son vélocipède (on l'appelait « le poète à bicyclette), à Paul Morand qui consacre une des ses plus belles nouvelles à une épreuve des six-jours (dans Ouvert la nuit). Tous ceux-là sont de grands anciens. Ils ont ouvert la voie à d'autres plumes, plus frondeuses encore, d'où émergent René Fallet qui alla même jusqu'à organiser une course dont le vainqueur était désigné à l'avance et qui interdisait qu'on s'échappât, ce qui est pourtant une des ineffables joies de ce sport, l'échappée belle..., Louis Nucéra qui perdit la vie sur une route du Sud fauché par un automobiliste odieux et qui avait tout jeune accompli un tour complet puis se raconta en coureur dans Mes rayons de soleil, Jacques Perret dont le recueil Enfantillages juste paru au Dilettante nous offre une ode au Vélo pour le moins remontée, Charles-Albert Cingria, immense suisse qui traversa l'Europe avec sa bicyclette qui « dormait » dans sa chambre, Pierre Naudin qui fait désormais dans l'armure complète et qui débuta avec des Mauvaises routes très amères et très saisissantes, sans oublier bien entendu Antoine Blondin qui permit à des millions de lecteurs de L'Equipe de lire de la littérature en buvant leur café. Plus près de nous et encore actifs, quelques artistes du verbe enchaînent de beaux développements pour nous narrer leur passion : Paul Fournel et sa moustache de compétition qui avoue son Besoin de vélo, son goût pour les petites courses locales (Foraine) et le vocabulaire indispensable pour y comprendre kekchose (Méli-vélo), Jean-Louis Ezine, le fameux chroniqueur de France Culture qui a illuminé la littérature cycliste avec son portrait d'Un ténébreux, Eric Fottorino qui dirige désormais Le Monde et connaît son endurance depuis les étapes entières réalisées juste avant les coureurs professionnels (il n'oubliera pas son étape du Midi Libre), Christian Laborde qui a arpenté les lacets des Pyrénées sans jamais s'y étrangler, Bernard Chambaz philosophe du genre (Petite philosophie du vélo chez Milan)qui fit le Tour sur son « beau vélo jaune », Jean-Noël Blanc qui raconta sa Légende des cycles et nous offre cet été un magnifique roman sur le destin d'un coureur anonyme du peloton en train de vivre L'étape de sa carrière, un petit trésor de littérature et de cyclisme (Le nez à la fenêtre), Patrice Delbourg qui s'y connaît en matière de rétropédalage,Olivier Dazat qui voit dans les coureurs plus des forçats que des hommes libres quand Philippe Bordas les classerait plus volontiers dans la catégorie des Forcenés, ou encore Jean de La Ciotat qui parvient à faire de l'avant-garde littéraire sans descendre de sa selle. Pour l'étranger on invitera le curieux à s'emparer du surprenant livre de Malaparte sur deux grands champions italiens qui chacun renvoie à une image de son pays en reconstruction, et on engagera le perfide à faire Un tour en enfer de James Waddington où le dopage montre son jour le plus diabolique. Il est certain que notre Tour d'horizon a dû oublier des coureurs littéraires mais c'est un peu la loi du genre. N'hésitez pas à nous les signaler sur notre blog quotidien, Ces mots-là, c'est Mollat...


Et vous trouverez une foultitude d'informations sur l'excellent encyclique.org

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