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Hommage à Jurgen Habermas

Publié le 03/11/2009
A l'occasion du 80e anniversaire du philosophe, un éclairage sur la pensée du prestigieux héritier de l'Ecole de Francfort.
Assistant de Theodor W. Adorno entre 1956 et 1959 et associé à la deuxième génération de l'Ecole de Francfort, Jürgen Habermas peut être considéré comme le penseur qui actualise les enjeux de la théorie critique en les réinvestissant de manière autonome. Il est important de noter à cet égard qu'il ne se contente pas de cet héritage, mais qu'il mobilise également la tradition sociologique issue de Karl Marx et de Max Weber, la philosophie anglo-saxonne du langage, le pragmatisme américain et le kantisme.

Son projet philosophique opposé au positivisme et au scientisme, s'ancre dans la conviction selon laquelle la science doit justifier en permanence ses propres fondements normatifs pour ne pas devenir idéologie. C'est pourquoi Habermas entreprend, à travers ses travaux en philosophie du langage et sur la théorie de l'action, de mettre au point une éthique de la discussion qui se nourrit des concepts élaborés en particulier par J. L. Austin et J. Searle. Il développe ainsi le concept de raison communicationnelle qui soumet les échanges langagiers aux impératifs de rationalité et d'universalité. Cela passe par une définition propre de la rationalité que Jürgen Habermas conçoit comme intersubjective, qui se distingue de la « rationalité instrumentale » et qui permet l'« acte de parole idéal » ; dans ce cas de figure, les acteurs, dotés de capacités discursives comparables, reconnaissent leur égalité sociale de principe et se trouvent donc dans une situation de communication qui n'est pas déterminée par l'idéologie et des rapports de domination. Dans le cadre de sa théorie de la vérité comme consensus, Habermas considère que la vérité correspond à ce sur quoi les acteurs s'accordent, s'ils sont placés dans cette situation idéale de communication.

La philosophie politique de Jürgen Habermas, qui ne peut pas être isolée de sa pensée de la raison communicationnelle, vise à élaborer une conception de la démocratie qui tienne compte de la complexité des sociétés contemporaines. Dès son ouvrage sur « l'archéologie de la publicité » (1962), il expose les dynamiques qui régissent l'espace public depuis le XVIIIe siècle et qui aboutissent à l'affirmation d'une opinion conçue comme instance critique et autonome. Or ce nouvel acteur qui se structure progressivement est menacé, selon Habermas, par les intérêts économiques des médias de masse et par la manipulation politique. Devant ce constat, il envisage les possibilités d'un renouveau de la sphère publique à travers l'émergence d'une communauté politique qui dépasse le cadre de l'État-nation et qui est fondée sur l'égalité en droits et en devoirs des citoyens. Cette théorie de la démocratie délibérative implique qu'« une société formée de citoyens du monde sans État mondial » s'impose et exerce une influence décisive sur les prises de décision politiques. J. Habermas se démarque ainsi du pessimisme radical d'Adorno et de Horkheimer en maintenant l'idée d'« une rationalité en fonction de valeurs » (Wertrationalität) au sein de la modernité. On constate que J Habermas poursuit sa réflexion sur les moyens de contrecarrer une conception fonctionnaliste de la rationalité en s'ouvrant, dans son dernier recueil d'articles, aux éthiques religieuses.

Tristan Coignard, maître de conférences à l'Université Bordeaux III

(c) Photo J. Sassier

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