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IA - Intelligence Artificielle

Publié le 06/11/2001
On dirait un thème de saison et pourtant, ce dossier vous prouve que l'Intelligence Artificielle court les pages SF depuis déja longtemps.

L'Intelligence Artificielle foisonne dans la Science Fiction. Elle court dans l'histoire du genre depuis ses débuts, comme on peut le découvrir dans l'anthologie de Jean-Paul Engélibert, L'Homme fabriqué : récits de la création de l'homme par l'homme .
Des années cinquante aux années soixante-dix, les auteurs l'ont plus particulièrement placée dans un réceptacle qui, avec l'extraterrestre et le vaisseau spatial (entre autres) constitue un des symboles du genre : le robot.

Les plus connus d'entre eux sont sans aucun doute ceux d'Isaac Asimov, et en particulier, R. (pour Robot) Daneel Olivaw. Il partage avec l'humain Elijah Baley la vedette des Cavernes d'acier et de Face aux feux du soleil, deux classiques à découvrir dans Prélude à Trantor. Viennent ensuite les Répliquants de Philip K. Dick, dans Blade Runner. Et, bien sûr, les Supertoys de Brian Aldiss : Supertoys, Intelligence Artificielle , qui ont interpellé Stanley Kubrick puis charmé Steven Spielberg.

Tous ces robots sont attachants. Intelligents, et surtout doués de conscience, voire de sentiments, ils possèdent une humanité que leurs créateurs refusent de leur reconnaître. Esclaves, fugitifs, en butte à la ségrégation, au fil de leurs aventures, ils peuvent entraîner le lecteur vers des questions philosophiques (" Qu'est-ce qui définit l'humanité ?") ou morales (la tolérance, l'intégration, le droit des minorités).

En 1978 paraît Destination Vide, écrit par Franck Herbert.
L'équipage d'un vaisseau spatial en route vers Alpha du Centaure est amené à reconfigurer l'ordinateur de bord de façon à le rendre conscient. Roman exigeant, statique et technique, Destination Vide mérite d'être lu parce qu'y naît sous nos yeux un nouvel avatar de l'Intelligence Artificielle. Celle-ci perd l'anthropomorphisme du robot, elle quitte le règne de l'humain pour investir celui de la machine en acquérant une identité propre, nettement distincte de celle de son créateur. Ce faisant, le rapport de force entre l'humanité et l'IA se modifie, et le robot opprimé laisse bien souvent place à l'ordinateur oppresseur (c'est le cas de Nef, l'IA de Destination Vide , qui se prend pour Dieu). A partir du milieu des années quatre-vingts, deux cycles vont reprendre cette thématique, vivifiée par les inquiétudes de tout un chacun face aux possibles excès de l'informatisation sans cesse croissante de nos vies. Comme souvent, les auteurs de science-fiction glissent derrière le plaisir de la lecture des questions " citoyennes " ; ici : saurons-nous fixer à nos ordinateurs, de plus en plus intelligents, des limites qui les empêchent de nuire à notre libre-arbitre ?

L'antagonisme Homme/IA, Dan Simmons en fait ainsi le fondement, l'enjeu d'un monumental space opera, composé d'Hyperion (deux volumes), La Chute d'Hyperion (deux volumes), Endymion (deux volumes), L'Eveil d'Endymion (deux volumes).
Articulé autour de personnages soigneusement construits, archétypaux mais très humains, Hyperion et ses suites forme une œuvre flamboyante, truffée de scènes et d'atmosphères dont vous garderez à coup sûr de vifs souvenirs.

Le cycle dit du " centre galactique " de Grégory Benford est malheureusement moins connu que celui de Dan Simmons. Il est lui aussi basé sur un rapport conflictuel entre l'humanité et les IA. Trois titres sont parus à ce jour : La Grande rivière du ciel (Le Livre de Poche), Marées de lumières (Le Livre de Poche) et Les Profondeurs furieuses (Robert Laffont, coll. Ailleurs et demain).

Dans un très lointain futur, l'humanité a conquis les étoiles et s'est approchée du centre de notre galaxie. Là, elle s'est heurtée à la Civilisation des Machines, dirigée par des IA ; la confrontation a tourné en notre défaveur. La Grande rivière du ciel s'ouvre sur l'existence désespérée de la Famille LeFou, sans cesse traquée par les Mécas. Son ultime planche de salut réside dans la quête du vaisseau spatial Argo, vestige de l'apogée humain d'avant la rencontre avec les Machines.

Grégory Benford dépeint des machines intelligentes particulièrement effrayantes, par leur quasi-omnipotence, et la menace mortelle qu'elles font constamment peser sur une humanité déchue. Par contraste, G. Benford célèbre la ténacité, l'endurance, la curiosité et la solidarité humaines.

Parlons pour terminer de L'Homme des jeux de Iain M. Banks.
Le décor en est la Culture, une société galactique dans laquelle cohabitent de nombreuses races biologiques et les Intelligences Artificielles, présentes sous des formes allant de l'immense vaisseau spatial au drone de la taille d'une boîte d'allumette. L'Homme des jeux permet de découvrir la Culture dans toute sa complexité, au fil de la périlleuse mission que Gurgeh, un joueur professionnel, accomplit pour son compte. C'est un roman plein d'humour, spirituel et vif, dont le narrateur n'est autre qu'une IA, le drone Mawhrin-Skel.

Chez Banks, les IA ne s'opposent pas aux formes de vie biologiques ; à un certain niveau, elles apparaissent même à leur service, assurant les transports interstellaires, se souciant de leur santé, de leur éducation, de leurs loisirs, sans se montrer coercitives. Composantes indispensables pour maintenir la cohésion et la viabilité d'une civilisation pluri-espèces d'envergure galactique, fondamentalement libertaire, les IA ne dirigent pas pour autant la Culture. A ce titre, Iain Banks propose une vision bien plus optimiste que celle de Dan Simmons du développement de l'informatique dans notre société. Même si l'insolence et l'entêtement de ses IA ressemblent étrangement à ceux que l'on regrette déjà chez nos ordinateurs encore stupides.

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