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L'antihéros, un héros de notre temps (2)

Publié le 03/01/2007
La suite de notre dossier sur l'antihéros...

Ce qui rapproche les personnages que nous venons d'évoquer, c'est ce sentiment éprouvé un moment donné que plus rien dans la vie ne fait sens. Et c'est ce que ressent également le narrateur de Naif super de l'écrivain norvégien Erlend Loe paru en 10/18. Le personnage est un jeune homme de vingt-cinq ans, qui, le jour où il est battu par son frère au croquet, voit sa vie s'effondrer. Comment retrouver un sens à sa vie, voilà toute la problématique de cette histoire simple. Il n'a pas de petite amie, a renoncé à sa maîtrise, alors pour repartir sur de bonnes bases, il fait des listes sur des choses qui sont importantes à ses yeux ou à ceux de ses proches, il se lie d'amitié avec un enfant de cinq ans, tombe amoureux, voyage … Et peu à peu il redonne du sens aux choses.

Parmi nos autres antihéros préférés, Nick Hawthorne (Cul-de-sac, Douglas Kennedy, en Folio Policier), journaliste de son état, pourrait être le cousin de Wilt : à partir d'un voyage entrepris dans les grands espaces australiens, il écrase accidentellement un « 'rou » (kangourou). Alors tout s'enchaîne : il rencontre la herculéenne Angie, qui s'éprend de lui, et qui le piégera en plein cœur du bush, dans un rade où vivent toute une bande de dégénérés. Nick est un personnage d'autant plus attachant qu'il est inventif et peut parfois être très drôle, même si son humour n'est pas toujours compris par ces étranges habitants.

Dans un autre registre, Ignatius R. Reilly, le personnage principal de La conjuration des imbéciles, de John Kennedy Toole (10/18), semble un antihéros tout aussi intéressant. Il a tout pour plaire : goinfre, hypocondriaque, paranoïaque, prétentieux, donneur de leçons, fainéant et misanthrope. Vivant toujours chez sa mère, il est incapable de s'intégrer dans une société qu'il n'a de cesse de critiquer et ne peut conserver un quelconque poste de travail. Il s'exprime dans un style pompeux et grandiloquent, il pense avoir toujours raison, persuadé de se battre pour la bonne cause. Un véritable Don Quichotte, qu'on déteste et qu'on encense en même temps.

Parlons maintenant de Grégoire Nakobomayo (African Psycho, d'Alain Mabanckou, Points Seuil), modeste carrossier, qui rêve depuis son jeune âge de ressembler à Angoualima, le plus célèbre tueur en série de l'Afrique. Mais n'est pas serial-killer qui veut, et chacune de ses tentatives se soldera par un échec. Finalement, la seule véritable victime dans cette histoire, c'est lui-même. Ce pitoyable criminel appartient à la catégorie des loosers, qui nous font rire et qui, en filigrane, permet à son auteur d'ironiser sur l'Afrique et les mœurs de ses habitants.

Enfin, on ne pouvait clore ce dossier sans parler de Jean-Baptiste Grenouille, personnage principal du Parfum de Patrick Süskind (Livre de poche), qu'on peut voir au cinéma depuis le 4 octobre. Grenouille fait partie de ces personnages inquiétants et fascinants à la fois : lui qui n'a pas d'odeur propre, est pourtant doté d'un odorat surdéveloppé. Parce qu'il veut à tout prix créer un parfum miraculeux, il tue des jeunes femmes pour leur voler leur odeur. Génie malfaisant, tour à tour ange et démon, Grenouille est un personnage aux multiples facettes, qui évolue au cours de sa vie. En outre, il possède de nombreux tares physiques qu'il doit à une enfance marquée par les maladies et les accidents. Pourtant, il gardera toujours un formidable instinct de survie, ce qui lui confère une aura quasi-surnaturelle.

Cette liste d'antihéros n'est bien sûr pas exhaustive, tellement ce type de personnages semble prégnant dans la littérature moderne, notamment dans la littérature policière. C'est même à se demander si tous les héros de roman n'ont pas leur part d'antihéros. On vous laisse méditer là-dessus...

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