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L'Imaginaire : 30 ans, rien que du bonheur ! 1

Publié le 07/05/2007
Collection à part, chérie des libraires et des amoureux de littérature, L'Imaginaire, collection créée par Antoine Gallimard, fête ses trente ans. L'occasion de redécouvrir quelques uns de ses trésors.

Encore jeune homme, Antoine Gallimard, qui n'était pas encore à la tête de la plus prestigieuse et de la plus indépendante des maisons d'édition françaises, eut l'idée, dans la foulée de Folio, la toute neuve collection de poche, d'imaginer un univers où se retrouveraient tous ces écrivains du catalogue (20000 titres!) promis à une postérité plus discrète que les têtes d'affiche. Nous étions en 1977 et il fallait rappeler avec force que depuis son origine, Gallimard défendait la création littéraire dans ce qu'elle avait de plus exigeant, de plus audacieux, insoucieuse des modes et des tocades, consciente que certains livres ont besoin de temps pour s'imposer et rester. Trois décennies plus tard, L'Imaginaire a gardé sa place à part dans le coeur des libraires et des lecteurs qui lui vouent une fidélité jamais démentie : chaque année 200 000 exemplaires viennent gagner les rayonnages de ceux pour qui une bibliothèque est un territoire de liberté et d'invention.

L'Imaginaire, c'est d'abord un format à part (131 x 190 mm pour les amateurs de précisions), à mi-chemin entre le poche et le grand format (désormais on la range dans la catégorie des "semi-poches"), des ouvrages que l'on tient bien en main et qui résistent mieux. C'est aussi une couverture blanche (clin d'oeil à la fameuse "Blanche" de Gallimard ?) décorée en typo : les caractères seuls en font l'ornement, rappel discret du pouvoir des lettres sur l'image. Typée années 70 à ses débuts, elle a su s'adapter dans sa forme sans renier la ligne d'origine, permettant aux collectionneurs de poursuivre leurs acquisitions sans dépareiller l'ensemble. Il y eut bien quelques vicissitudes quand au début des années 90, on lui adjoignit L'Etrangère qui devait ne concerner que les auteurs ...étrangers : étrange dichotomie qui ne survécut pas à la fidélité sans faille des pro-Imaginaire et qui nous vaut désormais le retour dans la collection d'origine de ces "égarés" (une bien belle collection cependant cette Etrangère, au format plus réduit, aux couvertures abstraites et colorées, aux titres surprenants...). On tenta aussi de modifier les caractères des dos de chaque livre, histoire de les singulariser, mais là encore, la ligne d'origine reprit le dessus, confirmant que le premier choix était le plus juste car le plus épuré.

Mais foin de tous ces souvenirs d'amateur, offrons-nous un petit tour (subjectif) dans ce catalogue de 500 titres pour y relever, au risque de l'oubli ou de l'injustice, quelques inoubliables découvertes.

Georges Limbour, Les Vanilliers : un des premiers de la collection (n°17) dont Antoine Gallimard vantait il y a peu les beautés sur France Culture (ce qui devrait lui rappeler de le réimprimer...). En une langue poétique et subtile l'explication romanesque de la découverte de la reproduction de la vanille. Peu d'amateurs mais des inconditionnels !

Louis-Edmond Duranty, Le malheur d'Henriette Gérard : le moins vendu, nous semble-t-il de la collection. Préfacé par Paulhan qui lui vouait une admiration ancienne, ce roman du XIX° est un exemple superbe des débuts du réalisme, bien avant l'invasion du naturalisme. Pascal Pia plaçait très haut ce livre unique.

George Du Maurier, Peter Ibbetson : l'anecdote veut que H.James ait refusé à son ami qui la lui offrait l'idée de roman, considéré comme l'une des plus belles histoires d'amour de la littérature moderne. Deux être empêchés de s'aimer vont réaliser la plénitude leur amour grâce au rêve. Une traduction de Raymond Queneau avec des illustrations de l'auteur.

Julio Cortazar, Marelle : les curieux iront sans délais lire les pages lumineuses que lui consacre Jean-Marie Laclavetine dans son dernier petit livre (Petit éloge du temps présent, folio, 2 €). Cortazar a bouleversé la littérature de langue espagnole, Marelle en est la preuve la plus visible qui offre la possibilité de plusieurs lectures selon un ordre indiqué en début de volume. Vertigineux.

Truman Capote, Les domaines hantés, La harpe d'herbes : on lit et redécouvre en ce moment Capote qui fait l'objet d'un nouvel éclairage cinématographique. Alors n'oublions ces oeuvres de jeunesse, véritables petits bijoux de sensibilité qui se nourrisent directement des années d'enfance du plus turbulent des écrivains américains du XX° siècle.

G.K.Chesterton, Le poète et les lunatiques : M'sieur Gallimard, pensez aussi à réimprimer ce petit chef-d'oeuvre de drôlerie par l'auteur anglais le plus malicieux de son siècle. S'il fallait résumer l'esprit britannique, ce roman à lui seul y suffirait... On trouve cependant trois autres titres dans la collection et pas des moindres.

Jean Blanzat, Le Faussaire : un cimetière, le diable, une nuit et un accord secret : rendus à la vie par la force du Mal, des ressuscités redécouvrent la condition humaine et ses faussetés. En une charge crépusculaire ce roman méconnu aborde avec cruauté un thème majeur. Un livre impressionnant et inoubliable.

Jacques Audiberti, Le Maître de Milan : heureusement qu'il y a L'Imaginaire pour nous rappeler le génie bien méconnu d'Audiberti, inventeur sans pareil d'une langue qui n'appartient qu'à lui, créateur d'un univers où le réel est métamorphosé par les mots. Ce roman est une histoire d'amour, une des plus belles qui soit.

Elio Vittorini, Conversation en Sicile : L'anti-fascisme a son chef-d'oeuvre, c'est celui-ci écrit par un éditeur qui fut peu prolixe. Retour dans un pays où le mal s'est insinué, interrogation sur le sens de la vie, Conversation peut être lu et relu sans s'épuiser.

Marcel Jouhandeau, Prudence Hautechaume : la sortie d'un volume de Quarto consacré à l'oeuvre de ce misanthrope magnifique a remis en lumière son génie cruel. Chaminadour est le nom imaginaire du territoire où évoluent ses victimes et ses sujets, lieu de toutes les bassesses et de tous les vices qui font l'étrange splendeur de l'Homme. Pas de plus belle introduction pour entrer dans l'univers de Jouhandeau que cette Prudence...

Bruno Schulz, Les boutiques de cannelle : si vous êtes sensible aux obsessions, à l'onirisme quand il frôle le cauchemar, aux hallucinations de lumière noire, si la vue d'un mannequin peut vous poursuivre longtemps, si en un mot vous aimez la littérature "étrange", Bruno Schulz peut devenir un de vos auteurs fétiches. On ne trouve pourtant quasiment rien de son nom, sa rareté en fait donc le prix.

Frederic Prokosch, Béatrice Cenci : peut-être qu'un jour de miracle le nom de Prokosch percera en France et qu'on lira enfin cet écrivain, l'un des majeurs de la littérature américaine du XX°. Avec B.Cenci, il nous livre une chronique sublime de la Renaissance italienne à travers une histoire de passion devenue fait divers.

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