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La littérature occitane d'hier et d'aujourd'hui (3)

Publié le 03/04/2008
L'Occitanie aujourd'hui...

La leçon de la génération de 1945 est d'avoir su se détourner de toute tendance passéiste et allégorique, de tout enfermement ethnique. Elle s'est libérée de la victimisation coutumière qui brouillait singulièrement les cartes de la création occitane. Aujourd'hui, l'écrivain occitan est un citoyen du monde, l'égal de ses confrères européens et mondiaux qu'ils lisent et intègrent dans leur pensée créatrice. Hélas, cette naissance douloureuse coïncide avec le déclin de la transmission familiale de la langue qui n'a pas été compensée hélas par l'enseignement élémentaire, secondaire et universitaire comme on peut le voir aujourd'hui pour les langues corse et basque par exemple. Paradoxalement, l'écrit occitan n'a jamais été aussi fécond. Il n'est de voir le nombre d'ouvrages parus ces cinq dernières années. Le genre « roman » y prédomine, laissant derrière lui les recueils de poésie. L'écrivain d'expression occitane ne rencontre pas de difficulté particulière pour être publié — à tout le moins, il n'attend pas, comme le jeune auteur de langue française, des mois et des années pour trouver « chaussure à son pied ». Faut-il préciser qu'ils ne sont pas légions et que l'édition occitane est maintenant soutenue par les collectivités territoriales ; ses tirages moyens sont de 650 exemplaires, comme le montre l'excellente étude menée par l'Arpel Aquitaine . « On » dit qu'il existe un lectorat de quelques milliers de personnes… Pourtant ceux qui achètent les livres publiés chaque année par les maisons d'édition existantes sont des lecteurs assidus. D'aucuns disent que c'est un « public captif » quand on le compare à celui de la littérature française d'aujourd'hui : une étude plus sérieuse devrait pouvoir nous le dire plus précisément. De toute manière, nous savons que ce lectorat est très cultivé et qu'il a entre 35 et 65 ans comme le dit encore l'étude de l'Arpel Aquitaine. Il y a aujourd'hui des auteurs occitans qui portent un autre regard sur notre monde. « Pour combien de temps encore ? » diront certains pessimistes. En revanche, des prescripteurs et non des moindres, les diffuseurs et les libraires en particulier, peinent à la prendre en compte, à la valoriser, à l' « établir » pour la rendre enfin visible. Il est vrai que la critique des journaux et revues nationaux, à quelques exceptions près, l'ignore royalement : elle reste à leurs yeux rétifs une littérature de la périphérie quand elle n'est pas tout simplement régionaliste donc réactionnaire. Les hebdomadaires d'information, La Setmana par exemple, peinent à bâtir une critique littéraire digne de ce nom : de leur propre aveu, ils manquent de spécialistes capables de lire et de comprendre les enjeux de cette littérature. Les revues de longue tradition littéraire Lo Gai Saber, Novelum, Òc et Reclams tentent, tant bien que mal, d'en rendre compte : la critique que les auteurs font à leurs « confrères et collègues » d'écriture reste la plus pratiquée quand bien même s'il reste dans le domaine du « politiquement correct » : il n'est pas bon d'éreinter l'un ou l'autre, la proximité et le sentiment d'appartenir à une communauté menacée expliquent bien des silences…
À l'échelle de l'histoire de la littérature occitane, la « production » est dans son ensemble dominée par la poésie. Depuis 1980, comme je le dis plus haut, le roman et la nouvelle sont devenus pour la grande majorité des auteurs contemporains « le champ d'autres possibles ». On assiste peut-être à une lente raréfaction du genre poétique — qui sait ? — mais le style épique totalement abandonné à la fin du XIXe par la littérature française a été remis au goût du jour par Bernard Manciet. Il perdure encore de nos jours. Les « Rouquette, Manciet, Boudou » auteurs aujourd'hui disparus hantent tous ceux qui veulent, sans l'admettre, se dédouaner du génie des uns et de la lumière des autres.

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Illustration : Les Femmouzes T. (DR)

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