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La renaissance d'Orphée

Publié le 19/07/2012
Créée en 1989 et après quatorze ans de silence, la voix d' « Orphée » résonne de nouveau au rayon poésie !
Les éditeurs de la maison La Différence exhument quelques trésors et des inédits pour la seconde vie de cette collection mythique. Derrière chaque petit volume très reconnaissable tant par le format que par la tête d'Orphée (exécutée par l'artiste Milos Sobaïc) qui signe en 2012 ce renouveau, on retrouve les propos du directeur de la collection, Claude Michel Cluny, véritable profession de foi en faveur de la poésie, de sa transmission, et qui n'a pas perdu de son actualité depuis l'arrêt de la collection en 1998 :

« La poésie est la première parole. Mythes, épopées, oracles, voix des mystères et des mystiques, puis de l'amour, de l'indignation, de la révolte, de l'espoir ou de l'humour, de la vie quotidienne et de la solitude. Introuvables ou retraduites, classiques ou contemporaines, familières ou méconnues, ce sont ces voix innombrables que la collection Orphée souhaite faire entendre parce que plus que jamais elles sont nôtres. »

Animés par la passion de révéler des chants du monde entier grâce à des traductions de qualité, des préfaces brèves mais enthousiastes, éclairantes et le souci permanent de faire lire le texte d'origine en regard (toutes les éditions d'écrivains étrangers sont bilingues), ces rééditions et inédits permettent de se constituer une bibliothèque à prix abordables puisque chaque titre est proposé à 5 ou 7 euros (pour les volumes doubles). Du patrimoine français parmi les ultras classiques (Baudelaire, Rimbaud, Ronsard, Lamartine, Mallarmé, Mauriac…) ou les ignorés tels Jean de Sponde, Jean Richepin, Tristan Corbière par exemple, à des (re)découvertes de créations uniques et a priori très éloignées de notre tradition poétique, preuve est que cette pratique commune circule dans chaque civilisation et irrigue toutes les époques. Nous retrouverons alors bientôt des auteurs grecs antiques (une anthologie en 2 parties), latins (Catulle, Horace, Juvénal, Martial, Ovide, Virgile, Tibulle) ainsi que des poètes arméniens (Koutchak, Varoujan), chinois (Du Fu, Li Qingzhao…), hongrois (Attila Joszef, Pilinszky), kabyle (Si Mohand), malaisiens, nahuatl, perses (Khayyam…), indiens (Bhartrihari, Bhatta de Melputtur…), tchèques (Zbynek Hejda, Vladimir Holan…) ou encore suédois (Lundkvist, Södergran…) !

Pour entamer la nouvelle vie d'Orphée, l'été 2012 voit pour l'heure la réédition de 3 titres du catalogue, l'un paru en 1989 puis en 1991 pour les deux derniers  : Federico Garcia Lorca avec l'anthologie La Désillusion du monde, Anna de Noailles avec son recueil L'Offrande, enfin le poète syrien contemporain Adonis avec Chronique des branches. Riche de 219 titres à reparaître, la collection poursuit son ambition première en publiant deux auteurs qu'on n'attendait pas ici : la poésie daté de 1944 de l'Américain Frederic Prokosch, plus connu pour ses romans, est révélée à travers Ulysse brûlé par le soleil ; de même, on apprend que le romancier et dramaturge Thomas Bernhard écrivit d'abord des vers puissants ici réunis en anthologie sous le titre Sur la terre comme en enfer.

Pour faire entendre la multiplicité de voix tantôt lyriques tantôt déchirantes, voici 5 courts extraits qui ébauchent des autoportraits de leurs auteurs et offrent un aperçu de leur sensibilité :

« J'ai peur de perdre la merveille
de tes yeux de statue, et l'accent
que, pendant la nuit, pose sur ma joue
la rose solitaire de ton haleine »
(F. G Lorca, Sonnet de la douce plainte)

« La volupté contient les choses infinies :
La musique, les cieux, la gloire, l'agonie.
Mais, ne recherchant pas d'éphémères essais,
Je veux gémir encor des plaisirs que je sais. »
(Anna de Noailles)

« - D'où viens-tu ?
J'étais bûcheron et j'ai adoré l'arbre.
J'ai planté la hache au plus profond de ses cils.

Comment es-tu venu ?
J'ai voyagé dans la caravane de la terreur,
dans les bannières de la folie,
dans les fragments de ma hache brisée,
à bout de forces, portant la chronique des branches. »
(Adonis)

« Aimant l'inaccessible et l'interdit, il [Ulysse] n'était amoureux
que d'aventure,
Il admit l'effroi nécessaire du chant des sirènes :
car sa chair de même
S'embrasait et son cœur durcissait comme de la pierre. »
(F. Prokosch)

« […] avec l'avril j'étais aussi en voyage
migrant avec les oiseaux en aval des fleuves,
riais sous les bosquets
et étais triste avec les herbes.
Dans les chambres je voyais mourir
Beaucoup de ceux qui m'aimaient.
Mais pour parler avec le vent
Je fus élu. »
(T. Bernhard)

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