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Le grand nulle part

Publié le 18/11/2009
Ville mythique s'il en est, Los Angeles ! Cette ville de la côte Ouest représente une grande partie du rêve américain. Ville du cinéma, éternel Hollywood, elle a aussi engendré une littérature ancrée dans son époque, la géographie particulière de la ville marquant de son empreinte les romans qui s'y passent.
A commencer par Raymond Chandler, figure du polar hard boiled et immense voix de cette ville, qui, en créant le personnage de  Marlowe, nous plonge dans l'envers du décor de cette société américaine, où le bonheur et la tolérance semblent être aussi factices que les décors les plus kitsch des nanars hollywoodiens. L'auteur du Grand Sommeil est l'un des  pères tutélaires de cette tradition de polars angelinos. Parmi ses glorieux héritiers, James Ellroy est immanquable. Le bien nommé Quatuor de Los Angeles (composé des volumes suivants : Le Dahlia noir, Le grand nulle part, L.A. Confidential et White Jazz) nous montre l'histoire cachée et chaotique de cette ville, la paranoïa ellroyenne et son goût appuyé pour les théories de complot épousant parfaitement les contours flous de cette ville tentaculaire.
Avec la Trilogie Lloyd Hopkins, Ellroy avait déjà posé les grands principes de son oeuvre : personnage obsédé et toujours sur le fil du rasoir, Lloyd Hopkins erre plus qu'il n'enquête dans une ville rongée par la violence et les ambitions démesurées...

Joseph Hansen, avec son héros Dave Brandsetter, livre des enquête(s) minutieuse(s) servie(s) par une écriture « extraordinairement compacte » (selon J-P Manchette) : facture classique pour des livres d'une densité rare, dont les dialogues sont époustouflants de justesse et d'humanité. Avec Brandsetter, les recoins les moins lumineux de l'âme humaine sont mis à nu, on y découvre les motivations les plus mesquines qui mènent au meurtre et au vol.

Robert Crais, avec A l'ombre du mal, marque le retour d'Elvis Cole et de son acolyte Pike, dans un thriller de facture classique ; on y retrouve les personnages de l'excellent L.A. Requiem, aidés dans leur enquête par Carol Starkey, sur les traces d'un tueur en série particulièrement retors.

Daniel Depp évoque les dessous du monde du cinéma : Les losers d'Hollywood ne sont pas forcément ceux que l'ont croit, et les dérives des producteurs et autres agents d'acteurs peuvent être dangereuses, voire meurtrières. Il faut rajouter une «savoureuse» description des différentes manières de financer un film, pratiques mises à jour par un privé auparavant cascadeur, qui a dû  renoncer à sa carrière suite à un accident...

Joseph Wambaugh décrit le dur monde des flics, dans des romans de procédure écrits sous l'égide de McBain, créateur du fameux 87e district d'Isola. Chez Wambaugh, en revanche, point de ville fictive : le quartier d'Hollywood est arpenté, par tout les temps et  à toutes les heures possibles, par une multitude de policiers  qui veillent au maintien de l'ordre, opèrent des rafles  dans les milieux de la prostitution, ou encore poursuivent des voleurs et enquêtent sur des meurtres... Les deux premiers titres de ce qui sera un triptyque se nomment Flic à Hollywood et Corbeau à Hollywood, nous dévoilant la face peu reluisante de la ville du cinéma.

Pour boucler la boucle, le retour aux sources, de Tom Epperson : L.A. Noir se situe pendant l'entre-deux guerres, après la Grande Crise et surtout la fin de la Prohibition, considérée comme un âge d'or par les truands qui peuplent ce livre. L.A. Noir est un hommage aux grands romans noirs qui évoquaient la fin des années 30, on aura plaisir à se plonger dans sa belle intrigue, mettant en scène un personnage devenu amnésique, hanté par  un passé violent.

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