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Le polar fait son cinéma

Publié le 02/09/2003
On ne compte plus les adaptations d'oeuvres littéraires portées à l'écran, avec plus ou moins de bonheur. Transposer les mots en images relève en effet de la gageure : le lecteur qui a déjà lu le livre s'est projeté son propre film au filtre de l'imaginaire et l'écran de cinéma lui paraît souvent trompeur... De nombreux cinéastes se sont essayés à ce périlleux exercice, notamment dans le genre du roman policier, en voici un aperçu avec les titres ci-dessous (liste sans prétention exhaustive !).

Boileau et Narcejac : Sueurs froides / D'entre les morts
En mai 1940, Paul Gévigne, un industriel, demande à son ami Roger Flavières de surveiller sa femme Madeleine, aux pulsions suicidaires... Il la suit partout, la sauve une première fois de la noyade. Mais un jour, il ne peut empêcher le drame... Ce classique du roman policier français publié initialement en 1954 sous le titre D'entre les morts est plus connu sous celui de son adaptation au cinéma due à Hitchcock, avec James Stewart et Kim Novak (1958) : Sueurs froides (ou Vertigo pour son titre original).

Intrigue douloureusement vécue par la victime d'une machination, inversion et ambiguïté des rôles, intuitions d'un mystère qui inquiète plus qu'il n'excite, référence au surnaturel contrebalancée par l'invitation à la psychanalyse, telles sont les caractéristiques des romans à suspense du tandem d'écrivains. Boileau-Narcejac ont su renouveler les structures et personnages du roman policier, ont fait de l'acte criminel le simple incident d'un affrontement de passions et d'obsessions. Hitchcock avait voulu porter lui-même à l'écran Celle qui n'était plus. Clouzot l'avait devancé en signant Les Diaboliques. Hitchcock choisi alors d'adapter D'entre les morts. Il se l'approprie jusqu'à en faire peut-être son chef-d'oeuvre absolu, à la fois parabole du cinéma et plongée dans les recoins les plus intimes du cinéaste. Vertigo reste avant tout l'un des films les plus romanesques, sensuels et oniriques de l'histoire du cinéma, un déchirant poème d'amour, un fantasme érotique qui repose sur les apparences et la réalité.

James M. Cain : Le Facteur sonne toujours deux fois
En 1934 paraît Le Facteur sonne toujours deux fois, signé d'un nom inconnu, James M. Cain. Inconnu en littérature, bien sûr, puisque Cain (1892-1977) né à Annapolis, Maryland, a été journaliste à Baltimore et à New York avant de se lancer avec succès dans le scénario à Hollywood. Le Facteur... est son 1er roman, court, intense, entièrement nouveau, même s'il associe la leçon d'Hemingway et celle de l'école hard-boiled, même si Cain se défend bien d'appartenir à une quelconque école. La grande originalité de ce livre est que les deux héros en sont totalement négatifs et repoussants. Cain fait entrer la passion dévorante dans l'univers du roman policier, l'absence de remords, le mauvais sort ; bref, il crée le précédent de principes qui régiront désormais une bonne part de la littérature noire au sens pur et dur du terme. Il se place non du point de vue du policier mais de celui des criminels, en l'occurence un couple d'amants peu reluisants décidant d'éliminer un mari encombrant. Une noirceur absolue imprègne cette histoire sordide de jalousie et de meurtre, compensée par la qualité de l'écriture, et qui ressemble déjà à un film. On ne sera donc pas surpris d'apprendre qu'il sera porté quatre fois à l'écran : la 1ère adaptation étant d'ailleurs française, tournée en 1939 par Pierre Chenal sous le titre Le Dernier tournant avec Fernand Gravey, Michel Simon et Corinne Luchaire. En 1942, Luchino Visconti impose le style néo-réaliste italien avec Ossessione. La 3ème et la plus connue de ces adaptations reste celle de Tay Garnett en 1946 avec Lana Turner.

Michael Connelly : Créance de sang
Première apparition dans l'oeuvre de Connelly du personnage de Terry McCaleb, ex-agent du FBI. Décidé à se mettre au vert - il vient d'être opéré du coeur et n'aspire qu'à une chose : aller à la pêche sur son bateau et surtout, qu'on lui fiche la paix - sa tranquillité va être dérangée par la venue inopportune d'une jeune femme lui demandant de mener l'enquête sur la mort de sa soeur, assassinée. Il commence par refuser mais, malgré lui, il va se trouver impliqué : elle lui apprend que le coeur qui vient de lui être greffé est celui de sa soeur... Dans ces circonstances, comment dire non ? Chez Connelly, l'humanité et la compassion ne sont jamais loin. L'intrigue est solide, bien menée, riche en rebondissements. A l'écran, McCaleb est incarné par Clint Eastwood, qui a lui-même produit et réalisé le film sorti en France en octobre 2002.

Barry Gifford : Sailor et Lula
Road-movie adapté par David Lynch, Palme d'or au festival de Cannes en 1990, avec Nicholas Cage, Laura Dern, Isabella Rossellini et Willem Dafoe. Ces Roméo et Juliette des temps modernes, dont les amours sont interdites par la mère de Lula, Marietta, maîtresse du sanguinaire caïd local, Marcello Zyeux-Fous, tentent d'échapper à la vindicte de cette mère castratrice et autoritaire, qui n'hésite pas à envoyer à leur poursuite un détective privé mélancolique et une tueuse sans pitié, Perdita Durango. Cigarettes, motels miteux, concerts de heavy-metal et déclarations d'amour perpétuelles émaillent cette cavale déjantée au rythme infernal.Comme on ne la fait pas aux lecteurs avertis du roman culte de Gifford, notons ici que Lynch a pris des libertés avec la fin...

NB.Vous trouverez en fin d'article (page 3) une monumentale bibliographie de polars portés à l'écran.

 

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