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Les juifs de Bordeaux, une petire histoire de la culture séfarade 1

Publié le 30/04/2003
A l'occasion de la parution du bel ouvrage de Gérard Nahon, Juifs et judaïsme à Bordeaux, voici quelques éléments qui vous aideront à découvrir la culture séfarade...

En hébreu médiéval, Séfarad désigne la péninsule Ibérique. Ainsi le terme "séfarade" (ou sépharade) s'emploie au sujet des communautés juives de la Péninsule ou issues de la Péninsule, avant ou après l'expulsion d'Espagne de 1492 . Aujourd'hui par extension et en raison de contacts culturels anciens et d'une relative communauté derites, sont appelés sépharades presque tous les juifs non ashkénazes, notamment les Juifs du Maghreb et d'Orient. La présence juive dans la péninsule Ibérique avait été continue depuis l'époque romaine. Après des périodes difficiles suivies de conversions massives sous le joug des wisigoths, les juifs accueillent avec soulagement la domination musulmane en 711.

Entre temps débuta la Reconquista, nom donné à la croisade que menèrent à partir de 722 les Espagnols chrétiens afin de chasser les Maures de leurs anciennes terres. Les Espagnols reprirent ainsi Tolède en 1085 et en 1248, la chute de Séville rendit la péninsule aux chrétiens, excepté la ville de Grenade. Durand cette période, le rôle important de la communauté juive dans le commerce ainsi que dans l'administration les protégea du zèle missionnaire chrétien. Mais en 1492, la prise de Grenade par les Rois Catholiques, Ferdinand et Isabelle, mit fin à la Reconquête et fin avril de cette même année un édit d'expulsion des Juifs fut promulgué leur donnant le choix entre la conversion au christianisme ou l'exil. Beaucoup préférèrent apostasier évitant ainsi les dangers de longs voyages par mer ou par terre. Certains embarquèrent pour l'Afrique du Nord : l'Algérie et la Tunisie avaient connu les immigrants espagnols fuyants les massacres de 1391 ; après 1492, les juifs se tournèrent plus largement vers le Maroc. D'autres enfin rejoignirent les frontières italiennes et bien évidemment portugaises. L'exode débuta en mai et le 31 juillet 1492, le dernier juif pratiquant ouvertement sa religion avait quitté l'Espagne.

Dans un premier temps, les portugais accueillirent les juifs mais le répit fut de courte durée et en 1496, sous la pression de l'Espagne, Manuel Ier condamna à son tour les juifs à l'exode ou à la conversion. Beaucoup d'entre eux au Portugal comme en Espagne durent se convertir mais ils continuèrent à pratiquer en secret leur religion : ils seront appelés les "Marranes". Le marranisme n'est pas une simple conversion forcée ; elle devient une pratique religieuse à part entière malgré sa clandestinité et parvient à se transmettre de génération en génération. Devant la vivacité de cette " hérésie judaïsante" , l'Inquisition au Portugal s'abattit violemment sur les juifs qui durent à nouveau s'exiler en Italie, à Anvers, dans l'empire Ottoman, ainsi que dans les colonies portugaises, mais aussi en France. Bien que la France ait été catholique et officiellement en accord avec la politique espagnole et portugaise, l'Inquisition n'y était pas si active et si des juifs déclarés ne pouvaient s'y installer, les marranes y étaient reçus à condition de s'en tenir a leur identité chrétienne ; leur conduite n'était pas soumise à une surveillance stricte. Aussi un grand nombre de ces " nouveaux chrétiens " se réfugièrent-ils sur la côte ouest de la France plus particulièrement à Bayonne et à Bordeaux qui abritèrent des communautés importantes. Il faut dire qu'en raison de leur expérience dans le domaine du commerce, ils furent très bien accueillis dans de grands ports comme donc Bordeaux mais aussi Hambourg, Londres et bien évidemment Amsterdam qui joua un rôle capital en permettant le retour des marranes à une pratique normative du judaïsme.

A présent après bien des tragédies et d'exodes, Israël rassemble aujourd'hui le plus grand nombre de sépharades descendants des expulsés d'Espagne. Ceux de France et d'autres pays européens ont été décimés par la Shoah ; ailleurs les communautés restent malgré tout peu importantes.

La communauté bordelaise remontant au XVIe hispano-portugaise a été pratiquement anéantie entre 1940 et 1944 : des rapatriés d'Afrique du Nord et des Ashkénazes, déjà présents au XIXe et au XXe siècles l'ont rebâtie. De par ses origines, elle se reconnaît plus d'affinités avec celles de l'Algérie, du Maroc, de la Tunisie qu'avec celles des Balkans.

Isabelle Soulié

 

Des livres, des livres...

RELIGION

La Synagogue de Bordeaux
La synagogue a fêté en 2002 ses 120 ans, date symbolique dans la religion juive, et témoigne ainsi dans cet ouvrage de l'étonnante vivacité et originalité de la communauté juive bordelaise.

Esther Benbassa et Aron Rodrigue, Histoire des juifs sépharades
Un ouvrage incontournable si l'on souhaite découvrir l'histoire et la richesse de la culture sépharade.

Cécil Roth, Histoire des marranes
Paru en 1932, cet ouvrage de Cécil ROTH, directrice de la prestigieuse Encyclopaedia Judaïca, reste la grande référence dans ce domaine, réédité régulièrement pour notre plus grand plaisir.

Maïmonide, Le guide des égarés
Maïmonide (1135-1204) tente de mettre en accord, dans cet ouvrage, l'enseignement de la Bible et de ses commentaires avec la philosophie d'Aristote.

Sonia Fellous, Histoire de la Bible de Moïse Arragel : Quand un rabbin interprète la Bible pour les chrétiens
"Ce joyau aux "références à la fois aux sources juives et chretiennes (qui) en font le seul texte de doctrine comparée qui nous soit parvenu" représente une véritable pierre de fondation d'une Espagne toujours rêvée".J.L Allouche, Libération

ART

Art juif
Toute l'histoire de la civilisation juive présentée dans un livre unique qui réunit une iconographie rare et un texte de synthèse de haute qualité.

Dominique Jarassé, Synagogues
La synagogue, véritable symbole de l'identité juive, est le miroir d'un peuple qui a du faire face aux persécutions, à l'exil et à la dispersion.
Dominique Jarrassé aborde dans cet ouvrage l'architecture des synagogues à travers le monde et au travers des siècles.

Frans Lemaire Le destin juif et la musique
A travers le destin de 150 compositeurs Frans Lemaire nous fait revivre la trajectoire du peuple juif depuis les temps bibliques jusqu'à nos jours.

[ Sélection histoire, société et littérature séfarades ]

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