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Les Mangakas femmes

Une actualité de Libraires BD/Manga
Publié le 06/05/2022
On pourrait croire qu’à l’instar de la littérature, le manga serait lui aussi un monde dominé par les hommes. En un sens, les mangakas hommes semblent obtenir plus facilement le droit de publication, mais la production de mangakas femmes n’est pas en reste pour autant puisqu’elles s’ancrent dès les années 60 dans le paysage du manga.

Dans le fond, si l’univers du manga semble à ce point réservé aux hommes c’est parce que le genre dont on parle le plus est le Shônen. Originellement, c’est un genre de manga considéré comme étant exclusivement masculin. C’est pourquoi on pense souvent à tort que les mangakas femmes sont cantonnées au genre du Shôjo prévu lui dans l’optique d’être lu par un public féminin. Mais il n'en est rien ! Vous verrez que les femmes dessinent depuis longtemps en investissant tous les genres du manga. Beaucoup d'œuvres que vous appréciez ont été dessinées par des femmes dont le trait est souvent jugé à tort comme masculin, fait sur lequel nous y reviendrons.

En 2010, le magazine masculin par excellence du manga, Shônen Jump publie un hors-série dont le contenu a entièrement été réalisé par des auteurs féminins. Les responsables de ce numéro spécial n’ont pas hésité à inscrire en gros sur la dernière page “ce sont les femmes qui construisent l’avenir du manga”. Si certains ont pu dire qu’il s’agissait d’un clin d’œil voire d’une provocation, bon nombre d’observateurs ont estimé que le travail de la vingtaine de mangakas femmes invitées exprimait parfaitement le changement qui est en train d’opérer. Les femmes mangakas n’ont plus peur de tenter l’aventure et de chercher de nouvelles voies à explorer. Tout cela contribue à brouiller les cartes et remettre en cause nos certitudes sur la façon dont est organisé le manga au Japon.

Autre élément de brouillage cette fois, les auteures décident parfois d’adopter des prénoms à consonance masculine notamment pour écrire du Shônen. L’exemple parfait concerne l’excellent FullMetal Alchemist pour lequel Hiromu Arakawa a remporté le 49e prix Shogakukan en 2003 et le prix culturel Osamu Tezuka en 2011… Enfin… Elle s’appelle en réalité Hiromi Arakawa. L’auteure a remplacé la lettre i féminin par un u plus masculin afin que ses lecteurs ne refusent pas de lire ses œuvres pour son genre. Elle est d’ailleurs l'auteure de nombreux mangas appréciés comme Nobles paysans, The Heroic Legend of Arslan ou encore Silver spoon. 

Enfin bref, le manga n’est pas qu’une affaire d’hommes et les femmes n'hésitent pas à s’approprier de nombreuses thématiques cultes du manga mais elles innovent aussi dans certaines thématiques de niches, plus contemporaines et surtout elles se placent à l’extérieur des genres attitrés. 

Si Fullmetal Alchemist a déjà été cité auparavant concernant le shônen, ce n’est pas le seul où il est quasiment impossible de se douter qu’il est écrit par une femme. Il y en a même beaucoup et surtout des reconnus comme : Demon Slayer de Koyoharu Gotouge, Promised Neverland de Posuka Demizu, Beastars de Paru Itagaki ou encore Blue exorcist de Kazue Kato. Evidemment, pour les yeux et esprits acérés il est possible de percevoir les détails, thèmes ou indices laissés par les auteures afin d’en deviner le genre.

C’est approximativement le même cas pour le Seinen, considéré originellement comme étant destiné aux jeunes hommes. Là, les auteures décident d’investir le marché et de présenter des oeuvres retentissantes comme on a pu le voir avec l’incroyable Q Hayashida et son oeuvre Dorohedoro, les Enfants de la Baleine d’Abi Umeda, l’ancienne assistante de Miyazaki, Mermaid Saga de Rumiko Takahashi qui a obtenu le grand prix d’Angoulême en 2019,  mais aussi le grandiose Banana Fish d’Akimi Yoshida. Ces œuvres, plus adultes et complexes, se veulent parfois plus réalistes dans une certaine forme de violence comme on peut le voir avec Banana Fish ou encore En Proie au silence d’Akane Torikai. Ce dernier n’use pas de violence physique mais bien psychologique afin de se plonger mais aussi de nous aider dans certaines réflexions et questionnements, souvent propres à la condition féminine. C’est une des forces du Seinen prisé par les mangakas femmes qui semblent vouloir marquer profondément le paysage du manga. 

Donc oui, les mangakas femmes s’invitent dans les plates bandes des hommes et réussissent aisément à brouiller les pistes mais aussi à en donner des nouvelles. Toutefois, elles continuent également d’exceller dans le Shojo et le Josei comme on a l’habitude de les voir pour les séries très connues Nana de Ai Yazawa, Pink de Kyokô Okazaki ou encore Fruits Basket de Takaya Natsuki. Il y a un exemple très particulier qui mérite d’être évoqué et c’est celui de l’emblématique Cardcaptor Sakura de Clamp. CLAMP est un collectif de mangakas exclusivement féminines orientées généralement vers le shojo mais qui depuis 2001 s'essaie aux genres du seinen et du shonen. Leur collectif prend ses origines dans la volonté de onze amies issues du même cours de dessin qui décident en 1984 de fonder leur propre studio. Grâce à elles, de nombreuses mangakas se sont lancées dans la production de manga écrit par des femmes et pour des femmes. Véritables avant-gardistes, ce collectif n’en termine pas d’influencer les œuvres contemporaines.

Quand on parlait de nouvelles thématiques ou pistes notamment contemporaines, il y en a une qui semble tout particulièrement intéressante ces dernières années au sein de la production de manga écrit par des femmes et c’est celle de l’univers Matriarcal. Devenue une véritable thématique en vogue en littérature, un certain nombre d'ouvrages japonais mettent en scène ce thème ; le Siège des Exilées de Akane Torikai mais aussi de Wombs de Yumiko Shirai et du Pavillon des Hommes de Fumi Yoshinaga. Dans le Siège des exilées et le Pavillon des hommes, on se retrouve au sein d’une société où ne naissent quasiment plus d’hommes et si ils naissent, risquent de mourir prématurément à la suite d’une maladie mystérieuse. Ainsi les femmes sont au pouvoir et interrogent les lecteurs sur le sexe, l’amour, la reproduction et finalement sur notre condition d’être humain. 

En bref, les mangakas femmes n’hésitent plus. Elles produisent énormément d’ouvrages dans le sillage de grandes séries ayant marqué le paysage de production du manga. Il est aujourd’hui important de remarquer ces femmes et de mettre en avant leurs œuvres qui ont énormément d’éléments à apporter. Je finirai par citer Dominique Véret, éditeur et responsable des collections manga chez Delcourt : “Dans la littérature, les femmes ont toujours occupé une place de choix. Le Dit du Genji, premier roman japonais, a été écrit au XIe siècle par Murasaki-shikibu, la préceptrice de l'impératrice. Depuis, il y a toujours eu une tradition d'auteures de qualité. Aux yeux des spécialistes nippons, d'ailleurs, il n'y a pas photo : les meilleurs mangas ont été dessinés par des femmes !”

Les Mangakas femmes en Shōjo et Josei

Les Mangakas femmes en Shōnen

Les Mangakas femmes en Seinen