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Les petits frères du Père Castor

Publié le 23/04/2009
Suite de notre exploration des imagiers pour les plus jeunes : évolution vers de nouveaux horizons.
Avec la prise de conscience des capacités des petits, beaucoup d'auteurs se sont essayés à l'exercice de l'imagier. Du plus traditionnel au plus inventif, l'imagier est une production très développée. Petit tour d'horizon des petits frères du Père Castor...

Très vite, l'imagier s'est diversifié. Il ne s'agit plus uniquement d'aider l'enfant à nommer ce qui l'entoure mais d'une véritable éducation à l'image. On apprend à voir et plus seulement à reconnaître. On se détache peu à peu du côté formel du Père Castor pour entrer dans un espace où l'imaginaire et l'intention des auteurs entrent en compte. Pour eux, il ne s'agit plus de représenter la réalité mais d'offrir un univers graphique aux plus jeunes.

A partir de ces ouvrages, il s'agit d'emmener les enfants à de nouvelles facultés :

Apprendre à voir : voir est une intentionnalité. Regarder, c'est décider de ce que l'on voit et veut voir. Notre perception est aussi modifiée par la sensibilité apportée par l'auteur.

Se distancier par rapport au réel : ce qui nous est donné à voir n'est pas toujours conforme à la réalité mais on apprend à construire du sens par arpport aux indices. L'état de recherche permet à l'enfant de découvrir et d'augmenter sa capacité à imaginer.

Construire un espace intérieur : cette recherche d'indice et de sens a toujours un rapport avec l'histoire et l'experience personnelles des plus jeunes. En revanche, l'apport d'images nouvelles leur permet d'imaginer une suite nouvelle à leur vécu.

Distinguer ce que l'auteur cache : rien ne permet de définir complètement la démarche de l'auteur. Ce sont dans ces zones d'ombre que l'enfant peut se glisser et imaginer le ciment avec lequel il va les combler.

Plusieurs ouvrages illustrent ces nouveaux codes :

L'Album d'Adèle : ici, Claude Ponti modifie le rapport aux tout-petits car tout l'horizon d'attente est brouillé. Il est dans le figuratif mais pas dans le réel : c'est la familiarité des éléments qui fait sens. Les règles de perspéctive et de temporalité sont modifiées, il ne s'agit plus de coller au réel mais de s'en affranchir.

Tout un monde : ce livre comporte 300 images faites avec 30 techniques différentes. C'est un inventaire du monde qui donne à l'enfant l'envie de voir le monde dans sa diversité.

Ces nains portent quoi ? : Ici, il y a deux images par page mais elles ne sont pas cadrées. Des choses se cachent sous les dessins, la légende raconte ce qui n'est pas montré avec beaucoup d'humour. Les couleurs volent en éclat, signifiants et signifiés sont inversés. Dans cet imagier, on comprend qu'il n'est pas nécessaire d'entretenir un lien fort avec le réel. L'utilisation du signifié plastique permet une excellente compréhension, qui en outre, facilite l'humour.

Ouvre les yeux : cet imagier entièrement photographique offre une promenade ludique à travers la nature. On apprend à regarder autrement non seulement grâce au point de vue du photographe mais aussi grâce au cheminement chromatique réalisé au fil du livre.

A l'infini : un imagier qui est un véritable livre d'art pour enfants, sans textes. Ici, on travaille sur les couleurs, le vide, le plein, autant de notions abstraites qui prennent un sens.

Le grand livre du hasard : ce livre est formellement différent puisque les pages sont coupées en deux à l'horizontal. Il y a autant de lectures et de jeux possibles qu'il y a de demies-pages. Tullé s'interroge sur les codes de l'image et entraîne le lecteur dans le mouvement et l'interrogation.

Enfin, difficile de ne pas évoquer le travail de Tana Hoban, cette photographe américaine qui dans les années 1970 a décidé de se consacrer uniquement à l'élaboration d'imagiers pour enfants. En noir et blanc ou en couleurs, ses albums ont pour thématique des associations de couleurs, de formes, de matières et de mouvements généralement annoncés dans le titre. Elle part du quotidien pour montrer des choses innovantes et essentielles pour le regard du plus jeune. On aime ou on n'aime pas mais on ne peut nier que tous ses albums sont de formidables bases de discussion avec les enfants.

Ces quelques ouvrages ne représentent pas une liste exhaustive de ce qu'il existe ni même une sélection de tous les meilleurs titres (bien qu'ils en fassent partie !). Ils sont le témoin du dynamisme de l'édition jeunesse et de l'évolution de celle-ci, notamment à destination des non-lecteurs. Même si le Père Castor reste une référence en matière de pédagogie, on peut voir que les codes ont changé et qu'il existe une multitude de supports à montrer à nos enfants. Grande réussite donc, car même si on sent le fossé des générations entre les publications, on constate que jeunes et moins jeunes cohabitent parfaitement au royaume des imagiers.
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