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Littérature : nos favoris d'automne (5)

Publié le 04/09/2006
La rentrée littéraire, ce sont près de 680 nouveaux romans qui arrivent sur les tables de la librairie. Les librairies ont donc lu pour vous, et élu leurs favoris.

Ni toi, ni moi, Camille Laurens, P.O.L
Quand une correspondance par mail devient un roman cela donne une écriture urgente, spontanée, sans souci de plaire ; un bienheureux désordre.
Une réflexion sans concession sur le désamour, la peur d'aimer et ses terribles conséquences. Il est aussi question des limites de l'image, de celles de la littérature et de la psychanalyse.
Et en plus un cadeau pour le lecteur, une étude critique de l'œuvre de Benjamin Constant.

Bravo Camille Laurens !

Le pays des merveilles, Giuseppe Culicia, Albin Michel
C'est d'abord un livre très drôle sur l'adolescence et son cortège d'ennui, de bêtise, de dérapages et de petits bonheurs à deux sous.
Une adolescence dans un petit village du nord de l'Italie où l'ennui transpire et où les modes et tendances ont un train de retard !
On est en 1977, c'est le début des punk, l'Italie est quasi en guerre contre ses rebelles, et pour tous les » quadra »c'est un livre nostalgique où l'on tourne chaque page en disant « ah oui c'est vrai la bande à Baader , et les Ramones, et les Sex Pistols, et Georges Marchais !
Bref, une madeleine savoureuse pour certains et un excellent livre pour tous.

Le grand soir, François Dupeyron, Actes Sud
Dans un bordel de Genève, un homme se souvient. C'est Gustave Courbet en exil depuis l'échec de la Commune ; génial, provocateur et bourré de contradictions, il raconte ses boires et déboires à une prostituée : les femmes, le vin, la politique et bien sûr la peinture. Celui qui a peint l'Origine du monde est toujours à la recherche de celle qui l'a inspiré ; mais peut-être cherche-t-il surtout un sens à une existence qui touche à sa fin . Les images surgissent à travers des torrents de mots, la parole remplace l'art du peintre . François Dupeyron a troqué sa caméra contre l'écriture mais n'a pas perdu en route sa force d'évocation et son talent pour cerner les doutes et l'angoisse existentielle des hommes .

Un goût de rouille et d'os, Craig Davidson, Albin Michel
Serrez les poings et retenez votre respiration : pour entrer dans l'univers implacable de C.Davidson, il faut s'accrocher ; un univers peuplé d'hommes en déroute, malmenés par le destin, toujours en proie à des situations limites, à l'image de ce boxeur qui s'est brisé les os de la main en tentant de sauver un enfant tombé dans les eaux d'un lac gelé. L'écriture est acérée et percutante, un mélange audacieux de cruauté et de puissance émotionnelle compose ce premier recueil impressionnant de maîtrise. C'est un voyage au coeur d'une humanité à la fois fragile et impitoyable qui laisse le lecteur pantelant et bouleversé.

Pierre Clémenti, Jeanne Hoffstetter, Denoël
Qui se souvient de Pierre Clémenti aujourd'hui ? Acteur-poète à la beauté du diable et à la carrière fulgurante, il illumina pourtant le cinéma des années soixante avant de sombrer après un passage en prison pour une sombre affaire de drogue. L'auteur, journaliste et amie, nous offre un récit original et sensible , à la fois portrait et fiction, qui donne à voir les mille facettes d'un homme attachant et charismatique, véritable personnage de roman qui fut tour à tour "Christ, prince et petite frappe" avec une égale intensité.

Ce qui est perdu, Vincent Delecroix, Gallimard
Vincent, apprenti philosophe, s'est fait plaquer par celle qu'il aimait. Blessure d'amour...ou d'amour-propre ? Pour la reconquérir, il décide d'écrire une biographie sur Kierkegaard, qui choisit de rompre avec sa fiancée afin de l'aimer toute sa vie et de lui consacrer son oeuvre . En parlant du philosophe, il espère se dévoiler et , par là, se faire aimer à nouveau !
Curieuse façon d'opérer qui ne donnera pas le résultat voulu, mais lui offrira l'occasion de disserter sur l'amour et la fidélité auprès d'interlocuteurs divers et variés qui apporteront chacun leur témoignage et leur avis sur la question. Au final, cela donne une comédie toute en finesse et humour, qui contient toutefois une vision assez pessimiste des affaires du coeur et de l'esprit.

Le retour du hooligan, Norman Manea, Seuil
N.Manea est un juif roumain rescapé des camps, ancien propagandiste du communisme, et qui, comme beaucoup de ses compatriotes, a vécu sous surveillance dans un état policier ; en 1986, il a quitté son pays et n'a conservé que sa langue natale . Depuis, il vit à New York en exil définitif . Pourtant, en 97, il va passer douze jours en Roumanie et écrire un journal dont il va tirer le Retour du Hooligan, mi-récit autobiographique, mi-déambulation hallucinatoire entre passé et présent. C'est un texte prodigieux, réflexion sur le temps, hommage à Proust et à Joyce, qui emporte le lecteur pour lui faire partager l'expérience d'une vie.

Les Bienveillantes, Jonathan Littell, , Gallimard
Voilà un livre précédé d'une rumeur flatteuse, une performance que nous avions hâte de découvrir.
A travers les confessions d'un ancien officier SS, qui a survécu et refait sa vie en France incognito, J.Littell, fils d'écrivain américain qui a choisi le français pour écrire, réussit une prouesse : composer une épopée de 900 pages du côté des bourreaux, tout en analysant la psychologie complexe d'un homme devenu meurtrier par choix politique. Aucun détail ne nous sera épargné, tout est décompté, décortiqué... à l'image de cette terrifiante machination qui a rendue l'horreur possible . Inquiétant donc, mais surtout terriblement passionnant !

Une absence totale d'instinct, Sybille Grimbert, Seuil
Quand rien ne peut rendre heureux, que l'on a rien à attendre de bon de l'amour sous toutes ses formes, ni la sérénité nous satisfaire. Un texte sur la perte de l'amour qui rend fou et sur le peu que nous avons à espérer de nos histoires de cœur. Pessimiste mais lucide !

J'ai appris à ne pas rire du démon, Arno Bertina, Naïve
Pour certains il s'agit d'une vieille idole décharnée, revenue de tout, de la drogue, de la gloire et du reste, pour d'autres le chanteur de « Your own personal Jesus » agonie magnifique d'une des premières vedettes du rock'n'roll. Pour Arno Bertina, jeune auteur talentueux qui sort en même temps un fort roman chez Verticales, c'est un personnage romanesque, une figure tragique majeure de ce siècle violent qui peut transformer un vendeur de bibles en icône d'une musique qui s'invente en détruisant ses plus géniaux enfants. Parce qu'il a survécu plus longtemps que d'autres, malgré l'enfer, Johnny Cash a eu plusieurs vies qu'A. Bertina entrouvre à travers trois récits de témoins, des proches, pas des intimes, qui posent sur lui des regards interrogateurs. L'effet produit est à la fois terrible et puissant.

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