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Maurice Blanchot s'efface

Publié le 10/03/2003
L'écrivain Maurice Blanchot est mort le 20 février à l'âge de 95 ans. Ses ouvrages, littéraires ou critiques, furent parmi les plus importants du XX° siècle.

Deux images, nous n'avons de lui que deux images. La première date des années 20 et il y pose en compagnie d'Emmanuel Lévinas. La seconde est un cliché de paparazzo, on le voit, âgé, sur un parking de supermarché, elle est dénuée du moindre intérêt tant artistique qu'informatif. Sur les deux images, on voit l'homme invisible : Maurice Blanchot.

Il est paradoxal de célébrer aujourd'hui un écrivain dont la discrétion mondaine n'a d'égaux que le respect et l'admiration que lui portent ses lecteurs et commentateurs.

Né en 1907, à Quain, dans une famille bourgeoise, Maurice Blanchot a mené des longues études. D'abord de philosophie, puis de médecine. Etudiant à Strasbourg, il y rencontre Emmanuel Lévinas qui l'initie à la phénoménologie Husserlienne et à la pensée de Heidegger. Cette amitié qui durera jusqu'à la mort du philosophe sera déterminante dans les choix littéraires et philosophiques futurs.

Au terme de ses études, Maurice Blanchot, monarchiste et partisan d'une " révolution spirituelle " devient journaliste. De 1930 à 1938, il collabore à diverse publications d'extrême droite livrant des éditoriaux, qui pour engagés qu'ils soient dans le camps de la droite catholique extrême, ne verseront jamais dans l'antisémitisme haineux. Ces engagements, ces écrits, Maurice Blanchot les reconnaîtra comme siens sans chercher à fuir sa responsabilité d'auteur, regrettant toutefois leur caractère excessif : " [ces] textes que, avec raison, on me reproche ".

En 1936, il quitte l'éditorial politique pour se consacrer à la critique littéraire au sein des mêmes publications. C'est en 1940 qu'il rompra avec l'extrême droite et entrera dans une discrète résistance en compagnie des Robert Antelme, Dionys Mascolo et Marguerite Duras. L'instant de ma mort contera, en 1994, un épisode de 1944 où il faillit être fusillé.

En 1941, paraît la première œuvre publié de Blanchot, il s'agit de Thomas l'obscur. Suivent de nombreuses œuvres de fictions et des travaux critiques qui peu à peu éclairent - ou obscurcissent, selon qu'on aime ou qu'on déteste – les motifs de Blanchot.

En fiction ou en critique, l'œuvre de Maurice Blanchot tente sans cesse de définir la littérature. C'est d'ailleurs cela qu'il recherche, écrivant, lisant, commentant Kafka, Sade ou Hölderlin.
La mort comme horizon, l'expérience de l'art comme une expérience de la mort et la " certitude du but sans chemin " sont quelques une des figures explorées dans l'oeuvre de Blanchot. La figure du double, effaçant les contours du sujet mais se révélant dans l'amitié, est également présente. Lévinas d'abord, Bataille ensuite puis derrida dans ses dernières années offrirint à Mauric Blanchot le dialogue qu'il semble à la fois chercher et refuser. Cette communauté par défaut fut celle que lui offrirent ses amis intellectuels.

1958 voit Maurice Blanchot revenir à la politique. Dans le sillage de Dionys Mascolo dont il partage le " communisme de pensée ", il va s'élever contre le retour du général de Gaulle en "homme providentiel". Viendront ensuite le " manifeste des 121 " contre la conscription en Algérie, 1968 qu'il vivra au sein du comité d'action étudiants–écrivains et les appels à la vigilance contre l'extrême droite des années 80 et 90. Son œuvre même sera témoin de ce retour au politique puisque c'est sans doute là que trouve son origine un texte tel que La communauté inavouable.

Les dernières années de sa vie le verront résister à la maladie et à une solitude grandissante. Alors qu'on le croit sénile, que certains le croient mort, il publie L'instant de ma mort en 1994.

Ayant passé sa vie à disparaître, on dira qu'il y a réussi. Reste son œuvre, ses questions et une phrase : " Seul demeure le sentiment de légèreté qui est la mort même ou, pour le dire plus précisément, l'instant de ma mort désormais toujours en instance " (L'instant de ma mort).

Sources : Libération daté du 24/02/03 ; Le Monde daté du 25/02/03, Jean-Philippe Miraux, Maurice Blanchot, quiétude et inquiétude de la littérature, Nathan et bien sûr, l'ouvrage de référence pour qui veut connaître Maurice Blanchot : Maurice Blanchot partenaire invisible de Chritophe Bident, publié par les éditions Champs Vallon.

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