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Naguib Mahfouz, la phare du Caire s'éteint...

Publié le 07/09/2006
L'écrivain égyptien, premier prix Nobel de littérature de langue arabe, est mort ce 30 août. Parcours dans une oeuvre essentielle...

Une biographie

Naguib Mahfouz naît en 1911 dans une famille de classe moyenne. Jusqu'à l'âge de huit ans, il grandit au Caire dans le vieux quartier populaire du Gamaleya, où se côtoient bourgeois, mendiants, prostituées - d'où sans doute dans son oeuvre son attachement au petit peuple. Il a une vingtaine d'années quand il commence à écrire. Fonctionnaire le matin, il écrit l'après-midi. Il ne cesse de vouloir raconter son pays, l'Egypte, son peuple. Son oeuvre, prolifique, est en constante évolution, des romans pharaoniques historiques du début, en passant par des fictions modernes et réalistes, jusqu'aux romans philosophiques des dernières années, où l'on décèle l'influence du Nouveau Roman. Il reçoit le seul et unique auteur de langue arabe à avoir reçu le Prix Nobel en 1988 pour l'ensemble de son oeuvre, qui comporte plus de quarante romans, et de nombreux scénarios - Mahfouz était passionné de cinéma. Homme d'expression, passionné par la politique, il prend parti pour l'aile gauche du Parti Nationaliste. Très engagé, il est l'un des rares intellectuels à prendre des positions politiques en faveur d'Israël, ce qui lui vaudra le boycott de son oeuvre dans bon nombre de pays arabes. En 1994, il est victime d'une tentative d'assassinat par un extrémiste. Il en perdra l'usage d'une main, ce qui l'handicapera pour écrire. Gravement malade, Oustaz, le maître comme l'appelait ses disciples s'éteint à l'âge de 94 ans.


Une bibliographie

DES NOUVELLES

L'amour au pied des pyramides, Actes Sud
Choix de quatorze nouvelles écrites entre 1962 et 1996. A l'image de l'Egypte contemporaine, elles sont tour à tour drôles, mystiques, réalistes, désabusées, absurdes.

Matin de roses, Editions de l'Aube
Trois nouvelles se déroulant entre la révolution de 1952 et les années Sadate qui condensent une histoire politique et sociale de l'Egypte et traduisent la complexité de l'identité égyptienne.

Le monde de Dieu, Sindbad
Recueil dans lequel on retrouve trois nouvelles qui ont été écrites un peu avant 1967 ( c'est-à-dire avant la défaite contre Israël) .C'est la période du Mahfouz philosophe , dénonçant aussi la situation politique et sociale du pays.

Rêves de convalescence, Editions du Rocher
Publié en 2001 dans la revue égyptienne Nisf a-ldunyâ, ce recueil traite fondamentalement de l'inconscient, de l'inquiétude et de l'incertitude. Sous forme de contes et de paraboles, Mahfouz raconte cinquante-cinq rêves nocturnes ou matinaux. A l'âge de quatre-vingt quatorze ans, ne pouvant guère écrire plus d'une demi-heure par jour, il nous tire avec force vers l'irréel, étrange et beau à la fois.

Le voyageur de la mallette, L'aube
Attentif au destin de "Monsieur-tout-le monde", Mahfouz ,à travers ses différents personnages, insiste sur la nécessité pour chacun de rêver chaque journée égyptienne. On savoure encore la lecture de cet immense auteur qui s'inscrit dans la tradition arabe, imprégnée d'une grande poésie.

DES ROMANS

Vienne la nuit, Denoël, 1996
Le Caire dans les années 30, une mère se retrouve seule pour élever ses quatre enfants, suite à la mort du père. Dans la tradition populaire du pays, on voit évoluer cette famille, la mère se débattant pour assurer au mieux et ses enfants évoluant différemment selon leur sensibilité et leur ambition dans une ville riche de coutumes.

Le fils de la Médina, Actes Sud
Ce roman reste capital dans l'oeuvre de Mahfouz, il fût édité en 1959 sous le titre les enfants de notre quartier et immédiatement interdit après avoir fait scandale, puis il fut réédité à Beyrouth en 1967. Depuis quarante-six ans, ce livre ne fut jamais autorisé à la parution malgré la réitération d e l'auteur l'an passé. Mettant en scène des personnages empruntés à la Bible sous des noms très facilement identifiables, dans l'incapacité de construire un monde meilleur ils feront donc appel à la magie. En évoquant la science, il remet fortement en cause la religion, ce qui lui vaudra cette censure et malheureusement cette agression en 1994.

La trilogie du Caire, Pochothèque
Impasse des deux palais, Livre de poche
Le palais du désir, Livre de poche
Le jardin du passé, Livre de poche
Ecrite de 1947 à 1952 et publiée en 1956, cette vaste fresque évoque à travers la vie de trois générations du Caire ,les bouleversements sociaux et politiques d'un demi-siècle de l'histoire égyptienne. C'est véritablement avec ce chef d'oeuvre qu'il rencontre un vif succès. Inspiré de son enfance et des rues de son quartier, il a su avec minutie dépeindre le peuple cairotte et n'a de cesse de vouloir le mettre en scène, de la faire vivre et revivre encore. 1 500 pages formées par Impasse des deux palais, le Palais du désir, le Jardin du passé. Cette saga familiale sera mise par la critique au niveau des modèles du genre, Galsworthy, Thomas Mann...

Miramar, Gallimard
Le seul roman n'étant pas urbain et qui se déroule sur le littoral d'Alexandrie, aux lendemains de la révolution de 1952. Cinq hommes dans une pension au bord de la mer ressentent les changements survenus à la suite à la révolution qui devait conduire Nasser au pouvoir. C'est un des premiers romans qu'il écrit suite après la période de 1952-1955 où il ne produit plus aucun livre.

Le passage des miracles, Actes Sud (bientôt disponible)
Avec ce roman, Mahfouz révèle son talent de grand naturaliste. C'est un grande célébration de sa ville et de ses habitants, de la famille patriarcale et de la condition de la femme.
Passage des miracles est une célébration de la ville natale de l'auteur, le Caire. Ce roman brasse avec une folle maestria des thèmes aussi divers que famille patriarcale et situation de la femme en Egypte, antagonisme entre science et fatalisme, tradition et modernisme.

La Belle du Caire, Denoël
D'un milieu modeste, Mahgoub rentre à la nouvelle université du Caire où il est confronté à la jeunesse bourgeoise et en souffre terriblement.Il alors rentre dans la vie de deux êtres épris l'un pour l'autre, un riche aristocrate et une jeune roturière et deviendra alors le mari complaisant qui leur évitera un scandale. Dans cette ville engoncée dans de lourdes traditions et en pleine mutation, ce jeune homme perd pied dans un avenir totalement incertain.

Image : Naguib Mahfouz, février 2005 © Mohamed Hegazi

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