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Qiu Xiaolong, ou le polar à la chinoise (2)

Publié le 18/03/2004

Les intrigues :
Point de départ des trois livres : un meurtre, comme dans tout polar qui se respecte.

Dans Mort d'une héroïne rouge, le cadavre nu d'une jeune femme enfermé dans un sac plastique est retrouvé par hasard dans le canal Baili, à 30 km de Shanghai. Son identité révèle qu'il s'agit d'une "Travailleuse Modèle de la Nation", prélude à bien des complications pour la Brigade des affaires spéciales... Dès sa première enquête, l'inspecteur principal Chen se demande si elle ne va pas lui coûter sa carrière, car le suspect présumé pourrait bien être un "gros poisson" influent et protégé par le Parti de par sa position.

Deux affaires se déroulent en parallèle dans le second volet Visa pour Shanghai : en même temps que le cadavre d'un homme lardé de coups de hache - signature d'une triade, à savoir un gang organisé - et vêtu d'un pyjama est découvert dans le parc de Bund, l'inspecteur Chen et son adjoint sont confrontés à la disparition d'une femme dont le mari, passeur chinois d'un réseau d'immigration clandestine doit témoigner aux Etats-Unis au cours d'un procès. Un inspecteur du F.B.I., Catherine Rohn, est envoyé sur place pour aider Chen à résoudre cette délicate enquête avant qu'elle n'empoisonne les relations internationales entre la Chine et les USA.

C'est un coup de téléphone qui prélude à l'intrigue dans Encres de Chine : une femme a été assassinée chez elle, passage du Jardin au trésor. Connue pour être l'auteur d'un livre remarqué - une histoire d'amour à valeur de témoignage critiquant la Révolution culturelle - la victime qualifiée d'écrivain "dissident" présente tout le potentiel d'une affaire explosive, à manier prudemment.

On aura compris "qu'en Chine, tout est politique", pour reprendre le constat que fait un personnage. Mais l'image serait réductrice car Qiu Xiaolong ne s'intéresse pas seulement aux travers de l'Histoire, il brosse aussi un remarquable portrait social et culturel de la Chine contemporaine des années quatre vingt-dix, bouleversée par l'ouverture économique des réformes initiées par Den Xiaoping, avec l'arrivée des compagnies occidentales et l'apprentissage du système capitalisme côtoyant le socialisme. Du reste, l'auteur n'est jamais dans le jugement, il donne à voir, à penser, en montrant le poids de l'Histoire et du passé - les références aux années Mao ou à la Révolution Culturelle sont finement expliquées et parfaitement accessibles au lecteur occidental - et ses répercussions dans le temps présent. L'apparition des nouveaux riches alterne avec des descriptions du quotidien du petit peuple, du monde de la rue, marchands, commerçants, restaurants privés et d'Etat, en passant par la pénurie du logement, l'évocation des conditions matérielles, la corruption. Ajoutons que les romans de Qiu Xiaolong ne seraient pas ceux qu'ils sont sans la saveur gourmande de la gastronomie chinoise : quand on referme ses livres, on se surprend à avoir des envies de plat de riz sauté, de porc grillé, de salade de tofu, de crabe mariné dans du vin, de poulet cuit dans la cendre, enveloppé de glaise et de feuilles de lotus, de ragoût de calmars au porc, de carpe fumée, de crevettes à la vapeur, de nouilles, d'anguilles aux poireaux et au gingembre etc, etc, etc - la liste des recettes semble inépuisable !

Régalons-nous donc, dans tous les sens du terme, avec les polars de Qiu Xiaolong.

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